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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 176 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE. (SUITE.)

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Il y a pourtant un poëte dans Pope, et, pour le découvrir, il n'y a qu'à le lire par petits morceaux; si l'ensemble est d'ordinaire ennuyeux ou choquant, le détail est admirable. Il en est ainsi à la fin de tous les âges littéraires. Pline le Jeune et Sénèque, si affectés et si tendus, sont charmants par parcelles: chacune de leurs phrases prise à part est un chef-d'œuvre; chaque vers dans Pope est un chef-d'œuvre s'il est pris à part. À ce moment, et après cent ans de culture, il n'y a aucun mouvement, aucun objet, aucune action qu'on ne sache décrire. Chaque aspect de la nature est noté: un lever de soleil, un paysage renversé dans l'eau[176], un coup de vent sur les feuilles, et le reste; demandez à Pope de peindre en vers une anguille, une perche ou une truite; il a sous la main la phrase parfaite; vous extrairiez chez lui de quoi remplir un Gradus. Il a le trait si juste, que du premier coup vous croiriez voir les choses; il a l'expression si abondante, que votre imagination, fût-elle obtuse, finira par les voir. Il marque tout dans le vol du faisan, le frou-frou de son essor, «ses teintes lustrées, changeantes,—sa crête de pourpre, ses yeux cerclés d'écarlate,—le vert si vif que déploie son plumage luisant,—ses ailes peintes, sa poitrine où l'or flamboie[177].» Il a la plus riche provision de mots brillants pour peindre les sylphes qui voltigent autour de son héroïne, «lumineux escadrons dont les chuchotements aériens semblent le bruissement des zéphyrs,—et qui, ouvrant au soleil leurs ailes d'insectes,—voguent sur la brise ou s'enfoncent dans des nuages d'or;—formes transparentes dont la finesse échappe à la vue des mortels,—corps fluides à demi dissous dans la lumière,—vêtements éthérés qui flottent abandonnés au vent,—légers tissus, voiles étincelants, formés des fils de la rosée,—trempés dans les plus riches teintes du ciel,—où la lumière se joue en nuances qui se mêlent,—où chaque rayon jette des couleurs passagères,—couleurs nouvelles qui changent à chaque mouvement de leurs ailes[178].» Sans doute ce ne sont point là les sylphes de Shakspeare; mais à côté d'une rose naturelle et vivante, on peut encore voir avec plaisir une fleur en diamants, comme il en sort des mains d'un joaillier, chef-d'œuvre d'art et de patience, dont les facettes font chatoyer la lumière et jettent une pluie d'étincelles sur le feuillage de filigrane qui les soutient. Vingt fois, dans un poëme de Pope, on s'arrête pour regarder avec étonnement quelqu'une de ces parures littéraires. Il sent si bien son talent qu'il en abuse; il se plaît aux tours de force. Quoi de plus plat qu'une partie de cartes, et de plus rebelle à la poésie que la dame de pique ou le roi de cœur? et pourtant, par gageure sans doute, il a raconté dans la Boucle de cheveux une partie d'hombre; on la suit, on l'entend, on reconnaît les costumes, «les quatre rois, majestés révérées, avec leurs favoris blancs et leurs barbes fourchues, les quatre belles dames dont les mains portent une fleur, emblème expressif de leur aimable puissance, les quatre valets en robes retroussées, troupe fidèle, une toque sur la tête, une hallebarde à la main, puis les quatre armées bigarrées, brillant cortége, rangées en bataille sur la plaine de velours vert[179].» On voit les atouts, les coupes, les levées, puis un instant après le café, la porcelaine, les cuillers, l'esprit de feu (entendez l'alcool); ce sont déjà les procédés et les périphrases de Delille. Vous savez que les célèbres vers où Delille pratique et peint du même coup l'harmonie imitative sont traduits de Pope[180]. C'est là de la poésie expirante, mais c'est encore de la poésie; un bijou de console est une œuvre d'art inférieur, mais pourtant une œuvre d'art.

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