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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 172 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE. (SUITE.)

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Mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est que ce badinage, pour nous du moins, n'est point du tout badin. La légèreté, la gaieté en sont à cent lieues. Dorat, Gresset en auraient été stupéfaits et scandalisés. Nous restons froids devant ses plus brillantes réussites. Tout au plus de temps en temps un bon coup de fouet nous réveille; mais ce n'est pas pour rire. Ces caricatures nous semblent étranges, mais ne nous amusent pas. Cet esprit n'est pas de l'esprit; tout y est calculé, combiné, artificieusement préparé; on attend un pétillement d'éclairs, et au dernier instant le coup rate. Par exemple, sir Petre, voulant se rendre les dieux propices, «bâtit un autel à l'Amour avec douze vastes romans français proprement dorés sur tranche, pose dessus trois jarretières, une demi-paire de gants, et tous les trophées de ses anciennes amours; puis, avec un tendre billet doux il allume le feu et ajoute trois soupirs amoureux pour attiser la flamme[172].» Nous demeurons désappointés, nous ne devinons pas ce que cette description a de comique. Nous continuons par conscience, et, dans la peinture de la Mélancolie et de son palais, nous trouvons des figures bien autrement étranges: «une jarre qui soupire, un pâté d'oie qui parle, des hommes qui, travaillés par l'imagination, se disent en mal d'enfant, des filles qui se croient changées en bouteilles et demandent à grands cris un bouchon[173].» Nous nous disons alors que nous sommes en Chine; qu'à une si grande distance de Paris et de Voltaire il ne faut s'étonner de rien, que ces gens ont d'autres oreilles que les nôtres, et qu'à Pékin un mandarin goûte avec délices un concert de chaudrons. Nous comprenons enfin que, même en cet âge correct et dans cette poésie artificielle, l'antique imagination subsiste; qu'elle se nourrit, comme autrefois, de bizarreries et de contrastes, que le goût, en dépit de toutes les cultures, ne réussira jamais à s'acclimater chez elle, que les disparates, au lieu de la choquer, la réjouissent, qu'elle est insensible à nos douceurs et à nos finesses; qu'elle a besoin de voir passer devant elle une suite de figures expressives, inattendues et grimaçantes, qu'elle préfère ce rude carnaval à nos insinuations délicates, que Pope est de son pays en dépit de sa politesse classique et de ses élégances voulues, et que sa fantaisie désagréable et vigoureuse est parente de celle de Swift.

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