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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 103 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE. (SUITE.)

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Ceci est un combat, en voici un plus grand. La vertu, comme toute force, se mesure aux résistances, et il n'y a qu'à la soumettre à des épreuves plus violentes pour lui donner un relief plus haut. Cherchons dans les passions du pays des ennemis qui puissent l'assaillir, l'exercer et la roidir. Le mal comme le bien dans le caractère anglais, c'est la volonté trop forte[103]. Quand la tendresse et la haute raison y manquent, l'énergie native se tourne en dureté, en opiniâtreté, en tyrannie inflexible, et le cœur devient une caverne de passions malfaisantes acharnées à rugir et à se déchirer. C'est contre une telle famille que doit lutter Clarisse Harlowe. Son père «n'a jamais voulu être contrôlé ni même persuadé.» Jamais «il n'a cédé sur un point auquel il croyait avoir droit.» Il a brisé la volonté de sa femme et l'a réduite au rôle de servante silencieuse; il veut briser la volonté de sa fille[104], et lui imposer pour mari un sot brutal et sans cœur. Il est chef de famille, maître de tous les siens, despote et ambitieux comme un patricien de Rome, et il veut fonder une maison. Il s'est roidi dans ces deux sentiments âpres et tonne contre la rebelle. Par-dessus les éclats de sa voix, on entend les clameurs furieuses du fils, sorte de bouledogue sanguin et trop nourri, enfiévré de rapacité, de jeunesse, de fougue et d'autorité prématurée; les cris aigres de la fille aînée, laideron grossière et rougeaude, inexorablement jalouse, haineuse, et qui, dédaignée par Lovelace, se venge de la beauté de sa sœur; le grondement hargneux des deux oncles, vieux célibataires bornés, vulgaires, entêtés par principes de l'autorité masculine; les instances douloureuses de la mère, de la tante, de la vieille bonne, pauvres esclaves timides, réduites, une par une, à devenir des instruments de persécution. «Ils se sont liés les uns aux autres par un écrit signé, et engagés à pousser à bout leur entreprise en faveur de M. Solmes, et pour la défense de l'autorité du père.» À présent la chose est une affaire de politique et de guerre. «Puisque vous avez déployé vos talents et tâché d'ébranler tout le monde, sans être ébranlée vous-même, c'est à nous maintenant de nous tenir plus fermes et plus serrés ensemble.» Ils forment «une phalange rangée en bataille,» où chaque conviction alourdit les autres de tout son poids. Il ne s'agit plus ici de raisonnement; leur volonté devient machinale. À force de se répéter entre eux la même idée, ils la fixent dans leur cervelle, et s'exaspèrent quand on essaye de la leur ôter. «Nous sommes sept et vous êtes seule: qui doit céder de toute la famille ou d'une seule personne?» Elle offre toutes les soumissions. «Non, nous ne nous payons pas de respects.» Elle consent à abandonner son bien. «Non, nous ne voulons pas de transactions.» Elle propose de s'engager pour toujours au célibat. «Non, c'est le mariage avec Solmes que nous avons demandé, et c'est ce mariage qu'il nous faut.» Ils se sont butés à ce projet, ils l'exécuteront. Les engagements sont pris, c'est un point d'honneur. Une fille, une jeune fille sans expérience, sans importance, résister à des hommes, à des vieillards, à des gens établis, considérés, à toute sa famille, cela est monstrueux! et ils poussent en avant, en brutes qu'ils sont, aveuglément, serrant l'écrou de toutes leurs stupides mains réunies, ne voyant pas qu'à chaque tour ils rapprochent cette enfant de la folie, du déshonneur ou de la mort. Elle les supplie, elle les implore tous un à un avec toutes les raisons et toutes les prières; elle s'ingénie à inventer des concessions, elle s'agenouille, elle s'évanouit, elle les fait pleurer. Rien n'y fait. L'indomptable volonté écrasante appesantit tous les jours sur elle sa masse qui croît. Il n'y a pas d'exemple d'une torture morale si variée, si incessante, si obstinée. Ils s'y aheurtent comme à une tâche et s'irritent de trouver qu'elle leur rend la tâche si longue. Ils refusent de la voir, ils lui défendent d'écrire, ils ont peur de ses larmes. Arabella surtout, avec la rancune venimeuse d'une femme laide offensée, raffine les insultes: «La pieuse Clarisse éprise d'un viveur! Ses parents obligés de l'enfermer à clef pour qu'elle ne coure pas dans ses bras! Dites-moi, ma chère, quelle est maintenant la distribution de votre journée? Combien d'heures sur vingt-quatre donnez-vous à votre aiguille? Combien à vos prières? et combien à l'amour? Je crois, je crois, ma petite chérie, que ce dernier article est comme la verge d'Aaron, il avale le reste.... Vous plierez on vous romprez, voilà tout, mon enfant[105].» Là-dessus elle va prendre la harpe, et se met à chantonner en s'accompagnant pour montrer son indifférence: «Ma douce sœur Clary! mon cher cœur! mon petit amour! conduirai-je Votre Seigneurie en bas de l'escalier? Allons, ma chère maussade silencieuse, dites-moi un seul mot; vous en direz bientôt deux à M. Solmes[106].» Puis, voyant Clarisse éclater en sanglots, elle lui essuie les yeux avec une tendresse dérisoire: «Parfait! parfait! un cri de roman, le cri d'un tendre cœur qui saigne!»—«Tenez, voici les échantillons des étoffes; celui-ci est joli, mais cet autre est tout à fait charmant. À votre place j'en ferais une robe pour ma nuit de noces. Et que diriez-vous d'un vêtement de velours? Cela ferait une grande figure dans une église de village. Du velours cramoisi, je suppose. Un si beau teint que le vôtre, comme cela le fera ressortir! Vous soupirez, mon amour? Mais du velours noir! Du velours noir, belle comme vous l'êtes, avec ces yeux charmants, brillants comme un soleil d'avril à travers un nuage d'hiver? Est-ce que Lovelace ne vous dit pas que ces yeux-là sont charmants[107]?» Puis, lorsqu'on lui rappelle qu'il y a trois mois elle ne trouvait point Lovelace si méprisable, elle suffoque de fureur; elle veut battre sa sœur, elle ne peut plus parler, elle crie à sa tante d'une voix sifflante: «Partons, madame, laissons la créature s'enfler jusqu'à ce qu'elle crève de son venin[108]!» On croit voir une meute de chiens qui courent une biche, qui l'atteignent, la blessent et s'acharnent encore, d'autant plus féroces qu'ils ont déjà goûté son sang.

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