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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 11 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE. (SUITE.)

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Il a subi la pauvreté et le mépris dès l'âge où l'esprit s'ouvre, à l'âge où le cœur est fier[11], à peine soutenu par les maigres aumônes de sa famille, sombre et sans espérance, sentant sa force et les dangers de sa force[12]. À vingt et un ans, secrétaire chez sir William Temple, il eut par an vingt livres sterling de gages, mangea à la table des premiers domestiques, écrivit des odes pindariques en l'honneur de son maître, emboursa dix ans durant les humiliations de la servitude et la familiarité de la valetaille, obligé d'aduler un courtisan goutteux et flatté, de subir milady sa sœur, agité d'angoisses «dès qu'il voyait un peu de froideur[13]» dans les yeux de sir William, leurré d'espérances vaines, contraint après un essai d'indépendance de reprendre la livrée qui l'étouffait. «Pauvres hères, cadets du ciel, indignes de son soin, nous sommes trop heureux d'attraper les restes et le rebut de la table[14]!»—«C'est pourquoi, quand vous trouvez que les années viennent sans espérance d'une place, je vous conseille d'aller sur la grande route, seul poste d'honneur qui vous soit laissé; vous y rencontrerez beaucoup de vos vieux camarades, et vous y ferez une vie courte et bonne.» Suivent des avis sur la conduite qu'ils devront tenir lorsqu'on les mènera à la potence. Voilà ses instructions aux domestiques; il racontait ainsi ce qu'il avait souffert. À trente et un ans, espérant une place du roi Guillaume III, il édita les œuvres de son patron, les dédia au souverain, lui remit un placet, n'eut rien, et retomba au poste de secrétaire chez lord Berkeley, cette fois chapelain de la famille, avec tous les dégoûts dont ce rôle de valet ecclésiastique rassasiait alors un homme de cœur. «J'honore la soutane, dit la servante Harris[15], je veux être femme d'un curé. Que Vos Excellences me donnent une lettre avec un ordre pour le chapelain[16]!» Les excellences, lui ayant promis le doyenné de Derry; le donnèrent à un autre. Rejeté vers la politique, il écrivit un pamphlet whig, les Dissensions d'Athènes et de Rome, reçut de lord Halifax et des chefs du parti vingt belles promesses, et fut planté là. Vingt ans d'insultes sans vengeance et d'humiliations sans relâche, le tumulte intérieur de tant d'espérances nourries, puis écrasées, des rêves violents et magnifiques subitement flétris par la contrainte d'un métier machinal, l'habitude de souffrir et de haïr, la nécessité de cacher sa haine et sa souffrance, la conscience d'une supériorité blessante, l'isolement du génie et de l'orgueil, l'aigreur de la colère amassée et du dédain engorgé, voilà les aiguillons qui l'ont lancé comme un taureau. Plus de mille pamphlets en quatre ans vinrent l'irriter encore, avec les noms de renégat, de traître et d'athée. Il les écrasa tous, mit le pied sur leur parti, s'abreuva du poignant plaisir de la victoire. Si jamais âme fut rassasiée de la joie de déchirer, d'outrager et de détruire, ce fut celle-là. Le débordement du mépris, l'ironie implacable, la logique accablante, le cruel sourire du combattant qui marque d'avance l'endroit mortel où il va frapper son ennemi, marche sur lui et le supplicie à loisir, avec acharnement et complaisance, ce sont les sentiments qui l'ont pénétré et qui ont éclaté hors de lui, avec tant d'âpreté qu'il se barra lui-même sa carrière[17], et que de tant de hautes places vers lesquelles il étendait la main, il ne lui resta qu'un poste de doyen dans la misérable Irlande. L'avénement de George Ier l'y exila; l'avénement de George II, sur lequel il comptait, l'y confina. Il s'y débattit d'abord contre la haine populaire, puis contre le ministère vainqueur, puis contre l'humanité tout entière, par des pamphlets sanglants, par des satires désespérées; il y savoura encore une fois le plaisir de combattre et de blesser[18]; il y souffrit jusqu'au bout, assombri par le progrès de l'âge, par le spectacle de l'oppression et de la misère, par le sentiment de son impuissance, furieux «de vivre parmi des esclaves,» enchaîné et vaincu. «Chaque année, dit-il, ou plutôt chaque mois je me sens plus entraîné à la haine et à la vengeance, et ma rage est si ignoble qu'elle descend jusqu'à s'en prendre à la folie et à la lâcheté du peuple esclave parmi lequel je vis[19].» Ce cri est l'abrégé de sa vie publique; ces sentiments sont les matériaux que la vie publique a fournis à son talent.

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