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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 58 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE. (SUITE.)

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De la religion d'abord. Il semble y défendre l'Église d'Angleterre; mais quelle Église et quel symbole ne sont pas enveloppés dans son attaque? Pour égayer son sujet, il le profane et réduit les questions de dogmes à une question d'habits. Un père avait trois fils, Pierre, Martin et Jean; il leur légua en mourant à chacun un habit[58], les avertissant de le tenir propre et de le brosser souvent. Les trois frères obéirent quelque temps et voyagèrent honnêtement, tuant «un nombre raisonnable de géants et de dragons[59].» Malheureusement, étant venus à la ville, ils en prirent les mœurs, devinrent amoureux de plusieurs grandes dames à la mode, la duchesse of Money, milady Great-Titles, la comtesse of Pride, et, pour gagner leurs faveurs, se mirent à vivre en galants, fumant, jurant, faisant des vers et des dettes, ayant des chevaux, des duels, des filles et des recors. Une secte s'était établie, posant en principe que le monde était une garde-robe d'habits; «car qu'est-ce qu'on appelle terre, sinon un pourpoint bariolé de vert, et qu'est-ce que la mer, sinon un gilet couleur d'eau? Le hêtre a sur la tête une très-galante perruque, et il n'y a pas de plus joli justaucorps blanc que celui du bouleau.» De même pour les qualités de l'âme: «la religion n'est-elle pas un manteau, et la conscience une culotte, qui, quoique employée à couvrir la saleté et l'impudicité, se met bas très-aisément pour le service de l'une et de l'autre?... C'est l'habit qui fait l'homme, et lui donne la beauté, l'esprit, le maintien, l'éducation, l'importance. Si certains morceaux d'hermine et de fourrure sont placés en un certain endroit, nous les appelons un juge; de même une réunion convenable de linon et de satin noir se nomme un évêque[60].»—Ils prouvaient aussi que le vêtement est l'âme, et encore par l'Écriture, car c'est en lui que nous avons le mouvement, la vie et l'être.» C'est pourquoi nos trois frères, n'ayant que des habits fort simples, se trouvèrent très-embarrassés. Par exemple, la mode en ce moment était aux nœuds d'épaule (shoulder-knots), et le testament de leur père leur défendait expressément d'ajouter, de changer, ou d'ôter rien à leurs habits. «Après beaucoup de réflexions, l'un des frères, qui se trouvait plus lettré que les deux autres, dit qu'il avait trouvé un expédient. Il est vrai, dit-il, qu'il n'y a rien ici dans ce testament qui fasse mention, totidem verbis, des nœuds d'épaule; mais j'ose conjecturer que nous les y trouverons inclus, totidem syllabis. Cette distinction fut à l'instant approuvée de tous.» Mais par malheur la syllabe initiale ne se trouvait dans aucun endroit du testament. «Dans ce mécompte, le frère qui avait trouvé la première échappatoire reprit courage et dit: Mes frères, il y a encore de l'espoir, car quoique nous ne puissions les trouver totidem verbis ni totidem syllabis, j'ose promettre que nous les découvrirons tertio modo, ou totidem litteris. Cette invention fut hautement approuvée. Là-dessus ils se mirent à scruter le manuscrit et trièrent le premier mot: shoulder; mais la même planète, ennemie de leur repos, fit ce miracle qu'un K fut introuvable. C'était-là une grosse difficulté. Cependant le frère aux distinctions, maintenant qu'il avait mis la main à l'ouvrage, prouva par un très-bon argument que K était une lettre moderne, illégitime, inconnue aux âges savants, et qu'on ne rencontrait dans aucun ancien manuscrit. Là-dessus toute difficulté s'évanouit; les nœuds d'épaule furent prouvés clairement être d'institution paternelle, jure paterno, et nos trois gentilshommes s'étalèrent avec des nœuds d'épaule aussi grands et aussi pimpants que personne[61].» D'autres interprétations admirent les galons d'or, et un codicille ajouté autorisa les doublures de satin couleur de flamme. Malheureusement, «l'hiver suivant, un comédien, payé par la corporation des passementiers, joua son rôle dans une comédie nouvelle tout couvert de franges d'argent, et, suivant une louable coutume, les mit par cela même à la mode. Là-dessus, les frères, consultant le testament de leur père, trouvèrent à leur grand étonnement, ces paroles: Item, j'enjoins et ordonne à mesdits trois fils de ne porter aucune espèce de frange d'argent autour de leurs susdits habits.—Cependant, après une pause, le frère, si souvent mentionné pour son érudition et très-versé dans la critique, déclara avoir trouvé, dans un certain auteur qu'il ne nommerait pas, que le mot frange écrit dans ce testament signifie aussi manche à balai, et devait indubitablement avoir ce sens dans le paragraphe. Un des frères ne goûta pas cela à cause de cette épithète d'argent, qui, dans son humble opinion, ne pouvait pas, du moins en langage ordinaire, être raisonnablement appliquée à un manche à balai; mais on lui répliqua que cette épithète devait être prise dans le sens mythologique et allégorique. Néanmoins il fit encore cette objection: pourquoi leur père leur aurait-il défendu de porter un manche à balai sur leurs habits, avertissement qui ne semblait pas naturel ni convenable? sur quoi il fut arrêté court, comme parlant irrévérencieusement d'un mystère, lequel certainement était très-utile et plein de sens, mais ne devait pas être trop curieusement sondé ni soumis à un raisonnement trop minutieux[62].» À la fin, le frère scolastique s'ennuie de chercher des distinctions, met le vieux testament dans une boîte bien fermée, autorise par la tradition les modes qui lui conviennent, puis, ayant attrapé un héritage, se fait appeler Mgr Pierre. Ses frères, traités en valets, finissent par s'enfuir; ils rouvrent le testament, et recommencent à comprendre la volonté de leur père; Martin, l'anglican, pour réduire son habit à la simplicité primitive, découd point par point les galons ajustés dans les temps d'erreur, et garde même quelques broderies par bon sens, plutôt que de déchirer l'étoffe. Jean, le puritain, arrache tout par enthousiasme, et se trouve en loques, envieux de plus contre Martin, et à moitié fou. Il entre alors dans la secte des éolistes ou inspirés, admirateurs du vent; lesquels prétendent que l'esprit, ou souffle ou vent, est céleste, et contient toute science.

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