Note 38 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE. (SUITE.)
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Plaise à Dieu que jamais Swift ne badine sur mon compte! L'esprit positif est trop solide et trop sec pour être aimable et gai. Quand il rencontre le ridicule, il ne s'amuse pas à l'effleurer, il l'étudie; il y pénètre gravement, il le possède à fond, il en sait toutes les subdivisions et toutes les preuves. Cette connaissance approfondie ne peut produire qu'une plaisanterie accablante. Celle de Swift, au fond, n'est qu'une réfutation par l'absurde, toute scientifique. Par exemple, l'Art de mentir en politique est un traité didactique dont le plan pourrait servir de modèle. «Dans le premier chapitre de cet excellent traité, l'auteur examine philosophiquement la nature de l'âme humaine et les qualités qui la rendent capable de mensonge. Il suppose que l'âme ressemble à un spéculum ou miroir plano-cylindrique, le côté plat représentant les choses comme elles sont, et le côté cylindrique, selon les règles de la catoptrique, devant représenter les choses vraies comme fausses et les choses fausses comme vraies. Dans le second chapitre, il traite de la nature du mensonge politique; dans le troisième, de la légitimité du mensonge politique. Le quatrième est presque tout employé à résoudre cette question: si le droit de fabriquer des mensonges politiques appartient uniquement au gouvernement?» Ailleurs rien de plus fort, de plus digne d'une académie des inscriptions que le raisonnement par lequel il convainc un badinage de Pope[38] d'être un pamphlet insidieux contre la religion et l'État. Son Art de couler bas en poésie[39] a tout l'air d'une bonne rhétorique; les principes y sont posés, les divisions justifiées, les exemples rapportés avec une justesse et une méthode extraordinaires: c'est la parfaite raison mise au service de la déraison.