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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 1 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE. (SUITE.)

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Ce furent là sa première humiliation et sa première révolte. Toute sa vie fut semblable à ce moment, comblée et ravagée de douleurs et de haines. À quel excès elles montèrent, son portrait et son histoire peuvent seuls l'indiquer. Il eut l'orgueil outré et terrible, et fit plier sous son arrogance la superbe des tout-puissants ministres et des premiers seigneurs. Simple journaliste, ayant pour tout bien un petit bénéfice d'Irlande, il traita avec eux d'égal à égal. M. Harley, le premier ministre, lui ayant envoyé un billet de banque pour ses premiers articles, il se trouva offensé d'être pris pour un homme payé, renvoya l'argent, exigea des excuses; il les eut, et écrivit sur son journal: «J'ai rendu mes bonnes grâces à M. Harley[1].» Un autre jour, ayant trouvé que Saint-John, le secrétaire d'État, lui faisait froide mine, il l'en tança rudement. «Je l'avertis que je ne voulais pas être traité comme un écolier, que tous les grands ministres qui m'honoraient de leur familiarité devaient, s'ils entendaient ou voyaient quelque chose à mon désavantage, me le faire savoir en termes clairs, et ne point me donner la peine de le deviner par le changement ou la froideur de leur contenance ou de leurs manières; que c'était là une chose que je supporterais à peine d'une tête couronnée, mais que je ne trouvais pas que la faveur d'un sujet valût ce prix; que j'avais l'intention de faire la même déclaration à milord garde des sceaux et à M. Harley, pour qu'ils me traitassent en conséquence[2].» Saint-John l'approuva, se justifia, dit qu'il avait passé plusieurs nuits à travailler, une nuit à boire, et que sa fatigue avait pu paraître de la mauvaise humeur. Dans le salon de réception, Swift allait causer avec quelque homme obscur et forçait les lords à venir le saluer et lui parler. «M. le secrétaire d'État me dit que le duc de Buckingham désirait faire ma connaissance; je répondis que cela ne se pouvait, qu'il n'avait pas fait assez d'avances. Le duc de Shrewsbury dit alors qu'il croyait que le duc n'avait pas l'habitude de faire des avances. Je dis que je n'y pouvais rien, car j'attendais toujours des avances en proportion de la qualité des gens, et plus de la part d'un duc que de la part d'un autre homme[3].» Il triomphait dans son arrogance, et disait avec une joie contenue et pleine de vengeance: «On passe là une demi-heure assez agréable[4].» Il allait jusqu'à la brutalité et la tyrannie; il écrivait à la duchesse de Queensbury: «Je suis bien aise que vous sachiez votre devoir; car c'est une règle connue et établie depuis plus de vingt ans en Angleterre, que les premières avances m'ont constamment été faites par toutes les dames qui aspiraient à me connaître, et plus grande était leur qualité, plus grandes étaient leurs avances[5].» Le glorieux général Webb, avec sa béquille et sa canne, montait en boitant ses deux étages pour le féliciter et l'inviter; Swift acceptait, puis, une heure après, se désengageait, aimant mieux dîner ailleurs. Il semblait se regarder comme un être d'espèce supérieure, dispensé des égards, ayant droit aux hommages, ne tenant compte ni du sexe, ni du rang, ni de la gloire, occupé à protéger et à détruire, distribuant les faveurs, les blessures et les pardons. Addison, puis lady Giffard, une amie de vingt ans, lui ayant manqué, il refusa de les reprendre en grâce, s'ils ne lui demandaient pardon. Lord Lansdowne, ministre de la guerre, s'étant trouvé blessé d'un mot dans l'Examiner, «je fus hautement irrité, dit Swift, qu'il se fût plaint de moi avant de m'avoir parlé. Je ne lui dirai plus une parole avant qu'il ne m'ait demandé pardon[6].» Il traita l'art comme les hommes, écrivant d'un trait, dédaignant «la dégoûtante besogne de se relire,» ne signant aucun de ses livres, laissant chaque écrit faire son chemin seul, sans le secours des autres, sans le patronage de son nom, sans la recommandation de personne. Il avait l'âme d'un dictateur, altérée de pouvoir, et ouvertement, disant «que tous ses efforts pour se distinguer venaient du désir d'être traité comme un lord[7].»—«Que j'aie tort ou raison, ce n'est pas l'affaire. La renommée d'esprit ou de grand savoir tient lieu d'un ruban bleu ou d'un carrosse à six bêtes.» Mais ce pouvoir et ce rang, il se les croyait dus; il ne demandait pas, il attendait. «Je ne solliciterai jamais pour moi-même, quoique je le fasse souvent pour les autres.» Il voulait l'empire, et agissait comme s'il l'avait eu. La haine et le malheur trouvent leur sol natal dans ces esprits despotiques. Ils vivent en rois tombés, toujours insultants et blessés, ayant toutes les misères de l'orgueil, n'ayant aucune des consolations de l'orgueil, incapables de goûter ni la société ni la solitude, trop ambitieux pour se contenter du silence, trop hautains pour se servir du monde, nés pour la rébellion et la défaite, destinés par leur passion et leur impuissance au désespoir et au talent.

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