Note 124 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)
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Aussi bien, quoi qu'il fasse, quels que soient ses défauts, sa morgue, sa dureté de touche, sa préoccupation de la morale et du passé, ses instincts d'antiquaire et de censeur, il n'est jamais petit ni plat. En vain, dans ses tragédies latines, Séjan, Catilina, il s'enchaîne dans le culte des vieux modèles usés de la décadence romaine; il a beau faire l'écolier, fabriquer des harangues de Cicéron, insérer des chœurs imités de Sénèque, déclamer à la façon de Lucain et des rhéteurs de l'empire, il atteint plus d'une fois l'accent vrai; à travers la pédanterie, la lourdeur, l'adoration littéraire des anciens, la nature a fait éruption; il retrouve du premier coup les crudités, les horreurs, la lubricité grandiose, la dépravation effrontée de la Rome impériale; il manie et met en action les concupiscences et les férocités, les passions de courtisanes et de princesses, les audaces d'assassins et de grands hommes qui ont fait les Messaline, les Agrippine, les Catilina et les Tibère[124]. On va droit au but et intrépidement dans cette Rome; la justice et la pitié n'y sont point des barrières. Parmi ces mœurs de conquérants et d'esclaves, la nature humaine s'est renversée, et la corruption comme la scélératesse y sont regardées comme des marques de perspicacité et d'énergie. Voyez dans Séjan l'assassinat se comploter et se pratiquer avec un sang-froid admirable. Livie discute avec Séjan les moyens d'empoisonner son mari, en style net, sans phrases, comme s'il s'agissait d'un procès à gagner ou d'un dîner à rendre. Point de demi-mots, point d'hésitation, point de remords dans la Rome de Tibère. La gloire et la vertu consistent dans la puissance; les scrupules sont faits pour les âmes viles; le propre d'un cœur haut est de tout désirer et de tout oser. «Ici, la conscience est une souillure, la fortune tient lieu de vertu, la passion de loi, la complaisance de talent, le gain de gloire, et tout le reste est vain.» Ravi de cette grandeur d'âme, Séjan s'écrie: