Note 515 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)
Reading edition
L'ange parti, Ève, mécontente de son jardin, veut y faire des réformes, et propose à son mari d'y travailler, elle d'un côté, lui d'un autre. «Ève, dit-il avec un sourire d'approbation, rien ne pare mieux une femme que de songer aux biens de la maison, et de pousser son mari à un bon travail[515].» Mais il craint pour elle, et voudrait la garder à son côté. Elle se mutine avec une petite pique de vanité fière, comme une jeune miss qu'on ne voudrait pas laisser sortir seule. Elle l'emporte, part et mange la pomme. C'est à ce moment que les discours interminables fondent sur le lecteur, aussi nombreux et aussi froids que des douches de pluie en hiver. Les harangues du Parlement purgé par Cromwell ne sont guère plus lourdes. Le serpent séduit Ève par une collection d'enthymèmes dignes du scrupuleux Chillingworth, et là-dessus la fumée syllogistique monte dans cette pauvre tête. «La défense de Dieu, se dit-elle, recommande encore ce fruit, puisqu'elle infère le bien qu'il communique et notre besoin; car un bien inconnu certes n'est pas possédé, ou s'il est possédé et encore inconnu, c'est comme s'il n'était point possédé du tout. De telles prohibitions ne lient point[516].» Ève sort d'Oxford, elle a appris la loi dans les auberges du Temple, et porte, aussi bien que son mari, le bonnet de docteur.