Note 496 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)
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En même temps que le style, les sujets se trouvaient changés; il resserrait et ennoblissait le domaine comme le langage du poëte, et consacrait ses pensées comme ses paroles. Celui, disait-il un peu plus tard, qui connaît la vraie nature de la poésie, «découvre bientôt quelles méprisables créatures sont les rimeurs vulgaires, et quel religieux, quel glorieux, quel magnifique usage on peut faire de la poésie dans les choses divines et humaines».... «Elle est un don inspiré de Dieu, rarement accordé, et cependant accordé à quelques-uns dans chaque nation, pouvoir placé à côté de la chaire, pour planter et nourrir dans un grand peuple les semences de la vertu et de l'honnêteté publique, pour apaiser les troubles de l'âme et remettre l'équilibre dans les émotions, pour célébrer en hautes et glorieuses hymnes le trône et le cortége de la toute-puissance de Dieu: pour chanter les victorieuses agonies des martyrs et des saints, les actions et les triomphes des justes et pieuses nations qui combattent vaillamment pour la foi contre les ennemis du Christ[496].» En effet, dès l'abord, à l'école de Saint-Paul et à Cambridge, il avait paraphrasé des psaumes, puis composé des odes pour la Nativité, la Circoncision et la Passion. Bientôt paraissent des chants tristes sur la mort d'un jeune enfant, sur la fin d'une noble dame; puis de graves et nobles vers sur le Temps, à propos d'une musique solennelle, sur sa vingt-troisième année, «printemps tardif qui n'a point encore montré de boutons ni de fleurs.» Enfin le voici à la campagne chez son père, et les attentes, les rêveries, les premiers enchantements de la jeunesse s'exhalent de son cœur, comme en un jour d'été un parfum matinal. Mais quelle distance entre ces contemplations souriantes et sereines, et la chaude adolescence, le voluptueux Adonis de Shakspeare! Il se promène, regarde, écoute, à cela se bornent ses joies; ce ne sont que les joies poétiques de l'âme. Entendre «l'alouette qui prend son essor et de son chant éveille la nuit morne jusqu'à ce que se lève l'aube tachetée; le laboureur qui siffle sur son sillon; la laitière qui chante de tout son cœur; le faucheur qui aiguise sa faux dans le vallon sous l'aubépine;» voir les danses et les gaietés de mai au village; contempler les pompeuses processions et «le bourdonnement affairé de la foule dans les cités garnies de tours;» surtout s'abandonner à la mélodie, aux enroulements divins des vers suaves, et aux songes charmants qu'ils font passer devant nous dans une lumière d'or, voilà tout[497]; et aussitôt, comme s'il était allé trop loin, pour contrebalancer cet éloge des joies sensibles, il appelle à lui la Mélancolie[498], «la nonne pensive, pieuse et pure, enveloppée dans sa robe sombre, aux plis majestueusement étalés, qui, d'un pas égal, avec une contenance contemplative, s'avance, les yeux sur le ciel qui lui répond, et son âme dans les yeux.» Avec elle il erre parmi les graves pensées et les graves spectacles qui rappellent l'homme à sa condition, et le préparent à ses devoirs, tantôt parmi les hautes colonnades d'arbres séculaires dont les dômes entretiennent sous leur abri le silence et le crépuscule, tantôt dans «ces pâles cloîtres studieux, où, sous les arches massives, les vitraux, les riches rosaces historiées jettent une obscure clarté religieuse,» tantôt enfin dans le recueillement du cabinet d'étude, où chante le grillon, où luit la lampe laborieuse, où l'esprit, seul à seul avec les nobles esprits des temps passés, évoque Platon pour apprendre de lui «quels mondes, quelles vastes régions possèdent l'âme immortelle, après qu'elle a quitté sa maison de chair et le petit coin où nous gisons[499].» Il était rempli de cette haute philosophie. Quelle que fût la langue où il écrivît, anglaise, italienne ou latine, quel que fût le genre qu'il touchât, sonnets, hymnes, stances, tragédies ou épopées, il y revenait toujours. Il louait partout l'amour chaste, la piété, la générosité, la force héroïque. Ce n'était point par scrupule, mais par nature; son besoin et sa faculté dominante le portaient aux conceptions nobles. Il se donnait la joie d'admirer, comme Shakspeare la joie de créer, comme Swift celle de détruire, comme Byron celle de combattre, comme Spenser celle de rêver. Même en des poëmes décoratifs qu'on n'employait que pour étaler des costumes et déployer des féeries, dans des Masques comme ceux de Ben Jonson, il imprimait son caractère propre. C'étaient des amusements de château; il en faisait des enseignements de magnanimité et de constance: l'un d'eux, le Comus, largement développé, avec une originalité entière et une élévation de style extraordinaire, est peut-être son chef-d'œuvre, et n'est que l'éloge de la vertu.