Note 486 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)
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«Il m'a avoué, écrit Dryden, que Spenser avait été son modèle[486].» En effet, par la pureté, et l'élévation de la morale, par l'abondance et la liaison du style, par les nobles sentiments chevaleresques et la belle ordonnance classique, tous deux étaient frères. Mais il avait encore d'autres maîtres, Beaumont, Fletcher, Burton, Drummond, Ben Jonson, Shakspeare, toute la splendide Renaissance anglaise, et par derrière elle la poésie italienne, l'antiquité latine, la belle littérature grecque, et toutes les sources d'où la Renaissance anglaise avait jailli. Il continuait le grand courant, mais à sa manière. Il prenait leur mythologie, leurs allégories, parfois leurs concetti[487], et retrouvait leur riche coloris, leur magnifique sentiment de la nature vivante, leur inépuisable admiration des formes et des couleurs. Mais en même temps il transformait leur diction et employait la poésie à un nouvel usage. Il écrivait, non par impulsion, et sous le seul contact des choses, mais en lettré, en humaniste, savamment, avec l'aide des livres, apercevant les objets autant à travers les écrits précédents qu'en eux-mêmes, ajoutant à ses images les images des autres, reprenant et refondant leurs inventions, comme un artiste qui resserre et multiplie les bosselures et les orfévreries entrelacées déjà sur un diadème par la main de vingt ciseleurs. Il se formait ainsi un style composite et éclatant, moins naturel que celui de ses précurseurs, moins propre aux effusions, moins voisin de là vive sensation prime-sautière, mais plus solide, plus régulier, plus capable de concentrer en une large nappe de clarté tous leurs scintillements et toutes leurs lueurs. Il assemblait comme Eschyle des mots «de six coudées,» «empanachés et habillés de robes de pourpre,» et les faisait marcher comme un cortége royal devant son idée pour la rehausser et l'annoncer. Il montrait les belles nymphes, «roses vivantes des bois, aux brodequins d'argent, aux robes de fleurs[488],» «et le soir, encapuchonné de gris, qui, semblable à un triste pèlerin sous sa robe monastique, se lève derrière les roues fuyantes du soleil,—les îles à la ceinture de vagues, qui, comme de riches diamants bigarrés, parsèment la poitrine nue de l'abîme,—les brûlants séraphins aux éblouissantes rangées dressant vers le ciel leurs angéliques trompettes tonnantes[489].» Il amoncelait en buissons touffus les fleurs éparses chez les autres poëtes[490], «la primevère hâtive qui meurt délaissée, l'hyacinthe aigretée, le pâle jasmin, la pensée bigarrée de jais, l'œillet blanc, l'ardente violette, la rose musquée, le chèvrefeuille à la gracieuse parure, avec le coucou alangui qui penche sa tête pensive, et toutes les fleurs qui portent une broderie mélancolique[491].» Il les appelait autour du tombeau de son ami, et disait «à l'amarante d'y verser toute sa beauté, aux narcisses de remplir leurs coupes de pleurs.» Il parlait aux «creuses vallées où de doux chuchotements habitent dans les ombrages, dans les vents folâtres, dans les sources jaillissantes, et dont Sirius brûlant épargne le frais giron.» Il leur disait «d'empourprer tout le sol de fleurs printanières, de jeter sur cette tombe tous les émaux de leurs yeux rayonnants qui sur le gazon vert boivent les rosées parfumées.» Tout jeune encore et au sortir de Cambridge, il se portait vers le magnifique et le grandiose; il avait besoin du grand vers roulant, de la strophe ample et sonnante, des périodes immenses de quatorze et de vingt-quatre vers. Il ne considérait point les objets face à face, et de plain-pied, en mortel, mais de haut comme ces archanges de Gœthe[492] qui embrassent d'un coup d'œil l'Océan entier heurté contre ses côtes, et la terre qui roule enveloppée dans l'harmonie des astres fraternels. Ce n'était point la vie qu'il sentait, comme les maîtres de la Renaissance, mais la grandeur, à la façon d'Eschyle et des prophètes hébreux[493], esprits virils et lyriques comme le sien, qui, nourris comme lui dans les émotions religieuses et dans l'enthousiasme continu, ont étalé comme lui la pompe et la majesté sacerdotales. Pour exprimer un pareil sentiment, ce n'était pas assez des images, et de la poésie qui ne s'adresse qu'aux yeux; il fallait encore des sons, et cette poésie plus intime qui, purgée de représentations corporelles, va toucher l'âme: il était musicien; ses hymnes roulaient avec la lenteur d'une mélopée et la gravité d'une déclamation; et lui-même semblait peindre son art en ces vers incomparables qui se développent comme l'harmonie solennelle d'un motet: