Note 483 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)
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Comblons la mesure; joignons, comme il le fait, les perspectives du ciel aux visions des ténèbres: le pamphlet devient un hymne. «Quand je rappelle à mon esprit, dit-il, comment enfin, après tant de siècles pendant lesquels le large et sombre cortége de l'Erreur avait presque balayé toutes les étoiles hors du firmament de l'Église, la brillante et bienheureuse Réforme lança son rayon à travers la noire nuit épaissie de l'ignorance et de la tyrannie antichrétiennes, il me semble qu'une joie souveraine et vivifiante doit entrer à flots dans la poitrine de celui qui lit ou qui écoute; et que la suave odeur de l'Évangile ramené baigne son âme de tous les parfums du ciel[483].» Surchargées d'ornements, prolongées à l'infini, ces périodes sont des chœurs triomphants d'alleluias angéliques chantés par des voix profondes au son de dix mille harpes d'or. Au milieu de ses syllogismes, Milton prie, soutenu par l'accent des prophètes, entouré par les souvenirs de la Bible, ravi des splendeurs de l'Apocalypse, mais retenu à la porte de l'hallucination par la science et la logique, au plus haut de l'air serein et sublime, sans monter dans la région brûlante où l'extase fond la raison avec une majesté d'éloquence et une grandeur solennelle que rien ne surpasse, dont la perfection prouve qu'il est entré dans son domaine, et au delà du prosateur promet le poëte[484]: «Toi qui siéges dans une gloire et dans une lumière inaccessibles, père des anges et des hommes! et toi aussi, roi tout-puissant, rédempteur de ce reste perdu dont tu as pris la nature, ineffable et immortel amour! toi enfin, troisième substance de la divine infinitude, esprit illuminateur, la joie et la consolation de toute chose créée! regarde cette pauvre Église épuisée et presque expirante! Oh! ne leur laisse pas achever leurs pernicieux desseins. Ne permets pas qu'ils nous enveloppent encore une fois dans ce nuage obscur de ténèbres infernales où nous n'apercevrons plus le soleil de ta vérité, où jamais nous n'espérerons l'aurore consolatrice, où jamais nous n'entendrons plus chanter l'oiseau de ton matin!... Qui ne t'aperçoit aujourd'hui dans ta marche éclatante, au milieu de ton sanctuaire, entre ces candélabres d'or longtemps obscurcis chez nous par la violence de ceux qui les avaient saisis, attirés plutôt par le désir de leur or que par l'amour de leur rayonnante clarté? Viens donc, ô toi qui as les sept étoiles dans ta main droite; établis tes prêtres choisis, selon leur ordre et leurs rites antiques, pour accomplir devant tes yeux leur office et verser religieusement l'huile consacrée dans tes lampes saintes toujours brûlantes. Tu as envoyé pour cette œuvre, par toute la contrée, un esprit de prière sur tes serviteurs, et tu as éveillé leurs vœux, comme le bruit d'une multitude d'eaux autour de ton trône. Oh! achève, et accomplis tes glorieux actes. Sors de tes chambres royales, ô prince de tous les rois de la terre; revêts les robes visibles de ta majesté impériale, prends en main le sceptre universel que ton père t'a transmis, car maintenant la voix de ta fiancée t'appelle, et toutes les créatures soupirent pour être renouvelées[485].» Ce cantique de supplications et d'allégresse est une effusion de magnificences, et, en sondant toutes les littératures, vous ne rencontrerez guère de poëtes égaux à ce prosateur.