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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 2 de 5)

Note 478 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)

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Cette énergie est sublime; l'homme vaut la cause, et jamais une plus haute éloquence n'égala une plus haute vérité. Des expressions terribles viennent accabler les oppresseurs des livres, les profanateurs de la pensée, les assassins de la liberté, «le concile de Trente et l'inquisition, dont l'accouplement a engendré et parfait ces catalogues et ces index expurgatoires, qui fouillent à travers les entrailles de tant de vieux et bons auteurs par une violation pire que tous les attentats contre leurs tombes[478].» Des expressions égales flagellent les esprits charnels qui croient sans penser et font de leur servilité leur religion. Il y a tel passage qui, par sa familiarité amère, rappelle Swift, et le dépasse de toute la hauteur de l'imagination et du génie. «Un homme dont la foi est vraie peut être hérétique, s'il croit les choses seulement parce que son pasteur les dit. La vérité même qu'il tient devient son hérésie. Un homme riche adonné à son plaisir et à ses profits trouve que la religion est une affaire si embarrassée et encombrée de tant de comptes obscurs qu'il ne sait comment lui ouvrir un crédit parmi ses livres. Que peut-il donc faire, sinon prendre la résolution de quitter ce tracas, et de se déterrer quelque agent, au soin et au crédit duquel il confie toutes ses affaires religieuses? Cet agent sera quelque ecclésiastique estimé et notable. C'est à lui qu'il s'attache; c'est à lui qu'il abandonne tout son magasin de denrées religieuses, avec toutes les clefs et serrures. Et à parler vrai, il fait de cet homme sa religion. De sorte qu'on peut dire que sa religion maintenant n'est plus lui, qu'elle est un être séparé et mobile, qu'elle va et vient près de lui selon que ce brave docteur fréquente la maison. Il le traite, lui fait des présents, le régale, le loge. Sa religion vient chez lui le soir, prie, soupe largement, est conduite à un lit somptueux, se lève, est saluée; après un coup de malvoisie ou de quelque breuvage bien épicé, sa religion fait un bon déjeuner, sort à huit heures, et laisse son excellent hôte dans la boutique, trafiquant tout le jour, sans sa religion[479].» Il a daigné railler un instant, avec quelle poignante ironie vous venez de le voir. Mais l'ironie, si poignante qu'elle soit, lui semble faible[480]. Écoutez-le, quand il revient à lui-même, quand il rentre dans l'invective ouverte et sérieuse, quand après le fidèle charnel il accable le prélat charnel. «La table de la communion, changée en une table de séparation, est debout comme une plate-forme, exhaussée sur le front du chœur, fortifiée d'un boulevard et d'une palissade pour écarter l'attouchement profane des laïques, pendant que le prêtre obscène et repu n'a pas scrupule de tortiller et de mâcher le pain sacramentel aussi familièrement qu'un massepain de sa taverne[481].» Il triomphe en songeant que toutes ces profanations seront payées. L'atroce doctrine de Calvin a fixé de nouveau les yeux des hommes sur le dogme de la malédiction et de la damnation éternelle. L'enfer à la main, Milton menace; il s'enivre de justice et de vengeance parmi les abîmes qu'il ouvre et les flammes qu'il brandit. «Ils seront jetés éternellement dans le plus noir et le plus profond gouffre de l'enfer, sous le règne outrageux, sous les pieds, sous les dédains de tous les autres damnés, qui, dans l'angoisse de leurs tortures, n'auront pas d'autre plaisir que d'exercer une frénétique et bestiale tyrannie sur eux, leurs serfs et leurs nègres, et ils resteront dans cette condition pour toujours, les plus vils, les plus profondément abîmés, les plus dégradés, les plus foulés et les plus écrasés de tous les esclaves de la perdition[482].» La fureur ici monte au sublime, et le Christ de Michel-Ange n'est pas plus inexorable et plus vengeur.

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