← Table of contents
Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 2 de 5)

Note 472 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)

Reading edition

Ne prenez point ces métaphores pour un accident. Milton les prodigue, comme un pontife qui dans son culte étale les magnificences et gagne les yeux pour gagner les cœurs. Il a été nourri dans la lecture de Spenser, de Drayton, de Shakspeare, de Beaumont, de tous les plus éclatants poëtes, et le flot d'or de l'âge précédent, quoique appauvri tout à l'entour et ralenti en lui-même, s'est élargi comme un lac en s'arrêtant dans son cœur. Comme Shakspeare, il imagine à tous propos, hors de propos même, et scandalise les classiques, et les Français. «Les corrupteurs de la foi, dit-il, ne pouvant se rendre eux-mêmes célestes et spirituels, ont rendu Dieu terrestre et charnel; ils ont changé son essence sacrée et divine en une forme extérieure et corporelle; ils l'ont consacrée, encensée, aspergée; ils l'ont revêtue non des robes de la pure innocence, mais de surplis et d'autres habillements déformés et fantastiques, de palliums, de mitres, d'or, de clinquant, ramassés dans la vieille garde-robe d'Aaron ou dans le vestiaire des flamines. Alors le prêtre fut obligé d'étudier ses gestes, ses postures, ses liturgies, ses simagrées, jusqu'à ce que l'âme, s'ensevelissant ainsi dans le corps et se livrant aux délices sensuelles, eût bientôt abaissé son aile vers la terre. Là, voyant les commodités qu'elle recevait du corps, son visible et sensuel collègue, et trouvant ses ailes brisées et pendantes, elle s'affranchit de la peine de monter dorénavant au haut de l'air, oublia son vol céleste, et laissa l'inerte et languissante carcasse se traîner sur la vieille route dans le rebutant métier d'une mécanique conformité[472].» Si l'on ne découvrait pas ici des traces de brutalité théologique, on croirait lire un imitateur de Phèdre, et sous la colère fanatique on reconnaît les images de Platon. Il y a telle phrase qui, par la beauté virile et l'enthousiasme, rappelle le ton de la République. «Je ne puis louer, dit-il, une vertu fugitive et cloîtrée, inexercée et inanimée, qui ne sort jamais de sa retraite, ni ne regarde en face son adversaire, mais s'esquive de la carrière où, dans la chaleur et la poussière, les coureurs se disputent la guirlande immortelle[473].» Mais il n'est platonicien que par la richesse et l'exaltation. Pour le reste, il est homme de la Renaissance, pédant et âpre; il outrage le pape, qui, après la donation de Pépin le Bref, «ne cessa de mordre et d'ensanglanter les successeurs de son cher seigneur Constantin par ses malédictions et ses excommunications aboyantes[474];» il est mythologue dans la défense de la presse, montrant que jadis «nulle Junon envieuse ne s'asseyait les jambes croisées à l'accouchement d'une intelligence[475].» Peu importe: ces images savantes, familières, grandioses, quelles qu'elles soient, sont puissantes et naturelles[476]. La surabondance comme la rudesse ne fait que manifester ici la vigueur et l'élan lyrique que le caractère de Milton avait prédits.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings