Note 468 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)
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Quand une idée s'enfonce dans un esprit logicien, elle y végète et fructifie par une multitude d'idées accessoires et explicatives qui l'entourent, s'attachent entre elles, et forment comme un fourré et une forêt. Les phrases sont immenses: il lui faut des périodes d'une page pour enfermer le cortége de tant de raisons enchaînées et de tant de métaphores accumulées autour de la pensée commandante. Dans ce grand enfantement, le cœur et l'imagination s'ébranlent: en raisonnant, Milton s'exalte, et la phrase part comme une catapulte, doublant la force de son élan par l'énormité de son poids. Je n'oserais traduire devant un lecteur moderne les gigantesques périodes qui ouvrent le Traité de la Réforme. Nous n'avons plus ce souffle; nous n'entendons que de petites phrases courtes; nous ne savons pas maintenir notre attention sur un même point pendant toute une page. Nous voulons des idées maniables; nous avons quitté la grande épée à deux mains de nos pères, et nous ne portons plus qu'un léger fleuret. Je doute pourtant que la perçante phrase de Voltaire soit plus mortelle que le tranchant de cette masse de fer. «Si, dans des arts moins nobles et presque mécaniques, celui-là n'est pas estimé digne du nom d'architecte accompli ou d'excellent peintre qui ne porte une âme généreuse au-dessus du souci servile[468] des gages et du salaire, à bien plus forte raison devons-nous traiter d'imparfait et indigne prêtre celui qui est si loin d'être un contempteur du lucre ignoble, que toute sa théologie est façonnée et nourrie par l'espérance mendiante et bestiale d'un évêché ou d'une prébende grasse[469].» Si les prophètes de Michel-Ange parlaient, ce serait de ce style, et vingt fois en lisant l'écrivain on aperçoit le sculpteur.