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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 2 de 5)

Note 460 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)

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La force et la grandeur éclatent chez Milton, étalées dans ses opinions et dans son style, sources de sa croyance et de son talent. Cette superbe raison aspirait à se déployer sans entraves; elle demanda que la raison pût se déployer sans entraves. Elle réclama pour l'humanité ce qu'elle souhaitait pour elle-même, et revendiqua dans tous ses écrits toutes les libertés. Dès l'abord il attaqua les prélats ventrus[460], «parvenus scolastiques,» persécuteurs de la discussion libre, tyrans gagés des consciences chrétiennes. Par-dessus la clameur de la révolution protestante, on entendit sa voix qui tonnait contre la tradition et l'obéissance. Il railla durement les théologiens pédants, adorateurs dévots des vieux textes, qui prennent un martyrologe moisi pour un argument solide et répondent à une démonstration par une citation. Il déclara que la plupart des Pères furent des intrigants turbulents et bavards, qu'assemblés, ils ne valaient pas mieux qu'isolés, que leurs conciles sont des amas de menées sourdes et de disputes vaines; il répudia leur autorité[461] et leur exemple, et pour seul interprète de l'Écriture institua la logique. Puritain contre les évêques, indépendant contre les presbytériens, il fut toujours le maître de sa pensée et l'inventeur de sa croyance. Nul n'a plus aimé, pratiqué et loué l'usage libre et hardi de la raison. Il l'exerça jusqu'à la témérité et jusqu'au scandale. Il se révolta contre la coutume[462], reine illégitime de la croyance humaine, ennemie née et acharnée de la vérité, porta la main sur le mariage, et demanda le divorce en cas de contrariété d'humeurs. Il déclara «que l'Erreur soutient la Coutume, que la Coutume accrédite l'Erreur, que les deux réunies, soutenues par le vulgaire et nombreux cortége de leurs sectateurs, accablent de leurs cris et de leur envie, sous le nom de fantaisie et d'innovation, les découvertes du raisonnement libre.» Il montra que «lorsqu'une vérité arrive au monde, c'est toujours à titre de bâtarde, à la honte de celui qui l'engendre, jusqu'à ce que le Temps, qui n'est point le père, mais l'accoucheur de la Connaissance, déclare l'enfant légitime et verse sur sa tête le sel et l'eau.» Il tint ferme par trois ou quatre écrits contre le débordement des injures et des anathèmes, et au même moment osa plus encore: il attaqua devant le Parlement la censure, œuvre du Parlement[463]; il parla en homme qu'on blesse et qu'on opprime, pour qui l'interdiction publique est un outrage personnel, qu'on enchaîne en enchaînant la nation. Il ne veut point que la plume d'un censeur gagé insulte de son approbation la première page de son livre. Il hait cette main ignorante et commandante, et réclame la liberté d'écrire au même titre que la liberté de penser. «Quel avantage un homme a-t-il sur un enfant à l'école, si nous n'avons échappé à la férule que pour tomber sous la baguette d'un imprimatur, si des écrits sérieux et élaborés, pareils au thème d'un petit garçon de grammaire sous son pédagogue, ne peuvent être articulés sans l'autorisation tardive et improvisée d'un censeur distrait? Quand un homme écrit pour le public, il appelle à son aide toute sa raison et toute sa réflexion; il cherche, il médite, il s'enquiert, ordinairement il consulte et confère avec les plus judicieux de ses amis. Tout cela achevé, il a soin de s'instruire dans son sujet aussi pleinement qu'aucun de ceux qui ont écrit avant lui. Si dans cet acte, le plus consommé de son zèle et de sa maturité, nul âge, nulle diligence, nulle preuve antérieure de capacité ne peut l'exempter de soupçon et de défiance, à moins qu'il ne porte toutes ses recherches méditées, toutes ses veilles prolongées, toute sa dépense d'huile et de labeur sous la vue hâtive d'un censeur sans loisir, peut-être de beaucoup plus jeune que lui, peut-être de beaucoup son inférieur en jugement, peut-être n'ayant jamais connu la peine d'écrire un livre,—en sorte que, s'il n'est pas repoussé ou négligé, il doive paraître à l'impression comme un novice sous son précepteur, avec la main de son censeur sur le dos de son titre, comme preuve et caution qu'il n'est pas un idiot ou un corrupteur,—ce ne peut être qu'un déshonneur et une dégradation pour l'auteur, pour le livre, pour les priviléges et la dignité de la science[464].»

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