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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 2 de 5)

Note 450 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)

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Mais sa roideur faisait sa force, et la structure intérieure qui fermait son esprit aux enseignements, armait son cœur contre les défaillances. Ordinairement chez les hommes la source du dévouement tarit au contact de la vie. Peu à peu, à force de pratiquer le monde, on en prend le train. On ne veut pas être dupe et se refuser les licences que les autres s'accordent; on se relâche de sa sévérité juvénile; même on en sourit, on l'attribue à la chaleur du sang; on a percé ses propres motifs, on cesse de se trouver sublime. On finit par se tenir tranquille, et l'on regarde le monde aller, en tâchant d'éviter les heurts, en ramassant çà et là quelques petits plaisirs commodes. Rien de pareil chez Milton. Il demeura entier et intact jusqu'au bout, sans découragement ni faiblesse; ni l'expérience ne put l'instruire, ni les revers ne purent l'abattre; il supporta tout et ne se repentit de rien. Il avait perdu la vue, volontairement, en écrivant, quoique malade, et malgré la défense des médecins, pour justifier le peuple anglais contre les invectives de Saumaise. Il assistait aux funérailles de sa république, à la proscription de ses doctrines, à la diffamation de son honneur. Autour de lui éclataient le dégoût de la liberté, et l'enthousiasme de la servitude. Un peuple entier se précipitait aux genoux d'un jeune libertin incapable et traître. Les glorieux chefs de la foi puritaine étaient condamnés, exécutés, détachés vivants de la potence, éventrés parmi les insultes; d'autres que la mort avait sauvés du bourreau étaient déterrés et exposés au gibet; d'autres, réfugiés à l'étranger, vivaient sous la menace et les attentats des épées royalistes; d'autres enfin, plus malheureux que le reste, avaient vendu leur cause pour de l'argent et des titres, et siégeaient parmi les exécuteurs de leurs anciens amis. Les plus pieux et les plus austères citoyens de l'Angleterre remplissaient les prisons, ou erraient dans l'indigence et dans l'opprobre, et le vice grossier, assis effrontément sur le trône, ralliait autour de lui la plèbe des convoitises et des sensualités débordées. Lui-même avait été contraint de se cacher; ses livres avaient été brûlés par la main du bourreau; même après l'acte général de grâce, il fut emprisonné; relâché, il vivait dans l'attente «de l'assassinat;» car le fanatisme privé pouvait reprendre l'arme abandonnée par la vindicte publique. D'autres malheurs moindres venaient, par leurs piqûres, aigrir les grandes plaies dont il souffrait. Les confiscations, une banqueroute, enfin le grand incendie de Londres lui avaient ôté les trois quarts de sa fortune[450], ses filles n'avaient pour lui ni égards ni respect; il vendait ses livres, sachant que sa famille ne serait pas capable d'en profiter après lui; et parmi tant de misères privées et publiques, il restait calme. Au lieu de renier ce qu'il avait fait, il s'en glorifia; au lieu de s'abattre, il se raffermit; au lieu de défaillir, il se fortifia. «Cyriac, disait-il déjà sous la République, voilà trois ans[451] aujourd'hui que ces yeux, quoique purs au dehors de toute tache et de toute souillure, privés de leur lumière, ont cessé de voir. Soleil, lune, étoiles durant toute l'année, l'homme, la femme, rien n'apparaît plus à leurs globes inutiles. Pourtant je ne murmure pas contre la main ou la volonté du ciel, et je ne rabats rien de mon courage ou de mon espérance; debout et ferme je vogue droit en avant. Qui me soutient, demandes-tu? La conscience, ami, de les avoir perdus, usés pour la défense de la liberté, ma noble tâche, dont l'Europe parle d'un bord à l'autre. Cette seule pensée me conduirait à travers la vaine mascarade du monde, content quoique aveugle, quand je n'aurais pas de meilleur guide[452].» Elle le conduisit en effet; «il s'armait de lui-même,» et «la cuirasse de diamant[453]» qui avait protégé l'homme fait contre des blessures de la bataille, protégeait le vieillard contre les tentations et les doutes de la défaite et de l'adversité.

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