Note 439 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)
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Deux puissances principales conduisent les hommes: l'impulsion et l'idée; l'une, qui mène les âmes sensitives, abandonnées, poétiques, capables de métamorphoses, comme Shakspeare; l'autre, qui gouverne les âmes actives, résistantes, héroïques, capables d'immutabilité, comme Milton. Les premières sont sympathiques et fécondes en effusions; les secondes sont concentrées et disposées à la réserve[439]. Les unes se livrent, les autres se gardent. Ceux-là, par confiance et par sociabilité, avec un instinct d'artiste et une subite compréhension imitative, prennent involontairement le ton et la disposition des hommes et des choses qui les environnent, et leur dedans se met tout de suite en équilibre avec le dehors. Ceux-ci, par défiance, par rigidité, avec un instinct de combattants et un prompt regard jeté sur la règle, se replient naturellement sur eux-mêmes, et dans l'enceinte close où ils s'enferment, ils ne sentent plus les sollicitations ni les contradictions de leurs alentours. Ils se sont formé un modèle, et, dorénavant, comme une consigne, ce modèle les retient ou les pousse. Comme toutes les puissances destinées à prendre l'empire, l'idée intérieure végète et absorbe à son profit le reste de leur être. Ils l'enfoncent en eux par des méditations, ils la nourrissent de raisonnements, ils y attachent le réseau de toutes leurs doctrines et de toutes leurs expériences, en sorte que lorsqu'une tentation les assaille, ce n'est pas un principe isolé qu'elle attaque, c'est l'écheveau entier de leurs croyances qu'elle rencontre, écheveau infiniment ramifié et trop tenace pour qu'une séduction sensible puisse l'arracher. En même temps l'homme, par habitude, s'est mis en défense; l'attitude militante lui est naturelle, et il se tient debout, affermi dans l'orgueil de son courage et dans l'ancienneté de sa réflexion.