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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 2 de 5)

Note 430 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)

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Il était né d'une famille où le courage, la noblesse morale, le sentiment des arts s'étaient assemblés pour murmurer les plus belles et les plus éloquentes paroles autour de son berceau. Sa mère était «une personne exemplaire, célèbre dans tout le voisinage par ses aumônes[430].» Son père, étudiant à Christ-Church et déshérité comme protestant, avait fait seul sa fortune, et, parmi ses occupations d'homme de loi, avait gardé le goût des lettres, n'ayant point voulu «quitter ses libérales et intelligentes inclinations jusqu'à se faire tout à fait esclave du monde;» il écrivait des vers, était excellent musicien, l'un des meilleurs compositeurs de son temps; il choisissait Cornélius Jansen pour faire le portrait de son fils qui n'avait encore que dix ans, et donnait à son enfant la plus large et la plus complète des éducations littéraires[431]. Que le lecteur essaye de se figurer cet enfant dans cette rue de commerçants, au milieu de cette famille bourgeoise et lettrée, religieuse et poétique, où les mœurs sont régulières et les aspirations sont élevées, où l'on met les psaumes en musique, et où l'on écrit des madrigaux en l'honneur d'Oriana la reine[432], où le chant, les lettres, la peinture, tous les ornements de la belle Renaissance viennent parer la gravité soutenue, l'honnêteté laborieuse, le christianisme profond de la Réforme. Tout le génie de Milton sort de là: il a porté l'éclat de la Renaissance dans le sérieux de la Réforme, les magnificences de Spenser dans les sévérités de Calvin, et s'est trouvé avec sa famille au confluent de deux civilisations qu'il a réunies. Avant dix ans, il avait un précepteur savant «et puritain, qui lui coupa les cheveux court;» outre cela, il alla à l'école de Saint-Paul, puis à l'université de Cambridge, afin de s'instruire dans «la littérature polie,» et dès l'âge de douze ans il travailla, en dépit de ses mauvais yeux et de ses maux de tête, jusqu'à minuit et au delà. «Quand j'étais encore enfant, dit un de ses personnages qui lui ressemble[433], aucun jeu enfantin ne me plaisait. Toute mon âme s'employait, sérieuse, à apprendre et à savoir pour travailler par là au bien commun; je me croyais né pour cette fin, pour être le promoteur de toute vérité et de toute droiture.» En effet, à l'école, puis à Cambridge, puis chez son père, il se munissait et se préparait de toute sa force, «libre de tout reproche, et approuvé par tous les hommes de bien,» parcourant l'immense champ des littératures grecque et latine, non-seulement les grands écrivains, mais tous les écrivains, et jusqu'au milieu du moyen âge; en même temps l'hébreu ancien, le syriaque et l'hébreu des rabbins, le français et l'espagnol, l'ancienne littérature anglaise, toute la littérature italienne, avec tant de profit et de zèle, qu'il écrivait en vers et en prose italienne et latine comme un Italien et un Latin; par-dessus tout cela, la musique, les mathématiques, la théologie, et d'autres choses encore. Une grave pensée gouvernait ce grand labeur. «Par l'intention de mes parents et de mes amis, j'avais été destiné dès l'enfance au service de l'Église, et mes propres résolutions y concouraient. Mais étant parvenu à quelque maturité d'années, et voyant quelle tyrannie avait envahi l'Église, une tyrannie si grande que quiconque voulait prendre les ordres devait se déclarer esclave par serment et sous son seing, en sorte qu'à moins de trouver sa promesse au goût de sa conscience, il fallait se parjurer ou souffrir le naufrage de sa foi, je crus meilleur de choisir un silence sans reproche plutôt que l'office sacré de la parole acheté et commencé avec la servitude et le parjure.» Il refusait d'être prêtre de la même façon qu'il avait voulu être prêtre; espérances et renoncement, tout chez lui partait de la même source, la volonté fixe d'agir noblement. Retombé dans la vie laïque, il continua à se cultiver et se perfectionner lui-même, étudiant avec passion et avec méthode, mais sans pédanterie ni rigorisme; au contraire, à l'exemple de Spenser son maître, dans l'Allegro, le Penseroso, le Comus, il arrangeait en broderies éclatantes et nuancées les richesses de la mythologie, de la nature et du rêve; puis, partant pour le pays de la science et du beau, il visitait l'Italie, connaissait Grotius, Galilée, fréquentait les savants, les lettrés, les gens du monde, écoutait les musiciens, se pénétrait de toutes les beautés entassées par la Renaissance à Florence et à Rome. Partout son érudition, son beau style italien et latin lui conciliaient l'amitié et les empressements des humanistes, tellement que, revenant à Florence, «il s'y trouvait aussi bien que dans sa propre patrie.» Il faisait provision de livres et de musique qu'il envoyait en Angleterre, et songeait à parcourir la Sicile et la Grèce, ces deux patries des lettres et des arts antiques. De toutes les fleurs écloses au soleil du Midi sous la main des deux grands paganismes, il cueillait librement les plus parfumées et les plus exquises, mais sans se tacher à la boue qui les entourait. «Je prends Dieu à témoin, écrivait-il plus tard, que dans tous ces endroits où il y a tant de licence, j'ai vécu pur et exempt de toute espèce de vice et d'infamie, portant continuellement dans mon esprit cette pensée, que si je pouvais échapper aux regards des hommes, je ne pouvais pas échapper à ceux de Dieu[434].» Au milieu des galanteries licencieuses et des sonnets vides, tels que les sigisbés et les académiciens les prodiguaient, il avait gardé sa sublime idée de la poésie; il songeait à choisir un sujet héroïque dans l'ancienne histoire d'Angleterre, et se confirmait dans l'opinion[435] «que celui qui veut bien écrire sur des choses louables, doit, pour ne pas être frustré de son espérance, être lui-même un vrai poëme, c'est-à-dire un ensemble et un modèle des choses les plus honorables et les meilleures; n'ayant pas la présomption de chanter les hautes louanges des hommes héroïques ou des cités fameuses, sans avoir en lui-même l'expérience et la pratique de tout ce qui est digne de louange[436].» Entre tous il aimait Dante et Pétrarque à cause de leur pureté, se disant à lui-même «que si l'impudicité dans la femme que saint Paul appelle la gloire de l'homme est un si grand scandale et un si grand déshonneur, certainement dans l'homme, qui est à la fois l'image et la gloire de Dieu, elle doit être, quoique communément on ne pense pas ainsi, un vice bien plus déshonorant et bien plus infâme[437].» Il pensa «que toute âme noble et libre doit être de naissance et sans serment un chevalier,» pour la pratique et la défense de la chasteté, et garda sa virginité jusqu'à son mariage[438]. Quelle que fût la tentation, attrait ou crainte, elle le trouvait aussi résistant et aussi ferme. Par gravité et convenance, il évitait les disputes de religion; mais si on attaquait la sienne, il la défendait âprement, jusque dans Rome, en face des jésuites qui complotaient contre lui, à deux pas de l'Inquisition et du Vatican. Le devoir dangereux, au lieu de l'écarter, l'attirait. Quand la révolution commença à gronder, il revint, par conscience, comme un soldat qui au bruit des armes court au péril, «persuadé qu'il était honteux pour lui de passer oisivement son temps à l'étranger et pour son plaisir, quand ses compatriotes luttaient pour leur liberté.» La lutte engagée, il parut aux premiers rangs, en volontaire, appelant sur lui les coups les plus rudes. Dans toute son éducation et dans toute sa jeunesse, dans ses lectures profanes et dans ses études sacrées, dans ses actions et dans ses maximes, perce déjà sa pensée dominante et permanente, la résolution de développer et dégager en lui-même l'homme idéal.

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