Note 421 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)
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Une pareille émotion ne calcule point les combinaisons littéraires. L'allégorie, le plus artificiel des genres, est naturelle à Bunyan. S'il l'emploie ici, c'est qu'il l'emploie partout; et s'il l'emploie partout, c'est par nécessité, non par choix. Comme les enfants, les paysans et tous les esprits incultes, il change les raisonnements en paraboles; il ne saisit les vérités qu'habillées d'images; les termes abstraits lui échappent; il veut palper des formes et contempler des couleurs. C'est que les sèches vérités générales sont une sorte d'algèbre, acquise par notre esprit fort tard et après beaucoup de peine, contre notre inclination primitive, qui est de considérer des événements détaillés et des objets sensibles, l'homme n'étant capable de contempler les formules pures qu'après s'être transformé par dix ans de lecture et de réflexion. Nous comprenons du premier coup le mot purification du cœur; Bunyan ne l'entend pleinement qu'après l'avoir traduit par cet apologue[421]. «L'interprète prit Chrétien par la main et le conduisit dans une très-grande chambre qui était pleine de poussière, parce qu'elle n'avait jamais été balayée. Après qu'il l'eut considérée un peu de temps, il appela un homme pour la balayer. Mais quand cet homme eut commencé à la balayer, la poussière se mit à voler si abondamment que Chrétien en fut presque étouffé. Alors l'interprète dit à une demoiselle qui était là: Apportez ici de l'eau et arrosez la chambre. Après qu'elle l'eut fait, on la balaya et on la nettoya avec plaisir.—Alors Chrétien dit: Que veut dire ceci?—L'interprète répondit: Cette chambre est le cœur de l'homme qui jamais n'a été sanctifié par la douce grâce de l'Évangile. La poussière est son péché originel et la corruption intérieure qui a sali tout l'homme. Le premier qui s'est mis à balayer est la Loi; mais celle qui a apporté l'eau et qui a arrosé la chambre est l'Évangile. Maintenant tu as vu que lorsque le premier s'est mis à balayer, la poussière a volé tellement que la chambre n'a pu être nettoyée et que tu as été presque étouffé; c'était pour te montrer que la Loi, au lieu de balayer par son opération le péché du cœur, le ranime, lui donne de la force, l'accroît dans l'âme, en même temps qu'elle le manifeste et le condamne, car elle ne donne pas le pouvoir de le vaincre.—Au contraire, quand tu as vu la demoiselle arroser d'eau la chambre, en sorte qu'on a pu la nettoyer avec plaisir, c'était pour te montrer que lorsque l'Évangile vient dans le cœur avec ses douces et précieuses rosées, comme tu as vu la demoiselle abattre la poussière en arrosant d'eau le plancher, de même le péché est vaincu et subjugué, et l'âme nettoyée par la foi, et par conséquent propre à recevoir le roi de gloire[422].» Ces répétitions, ces phrases embarrassées, ces comparaisons familières, ce style naïf dont la maladresse rappelle les périodes enfantines d'Hérodote, et dont la bonhomie rappelle les contes de madame Bonne, prouvent que si l'ouvrage est allégorique, c'est pour être intelligible, et que Bunyan est poëte parce qu'il est enfant.