← Table of contents
Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 2 de 5)

Note 418 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)

Reading edition

Le Voyage du Pèlerin est un manuel de dévotion à l'usage des simples, en même temps qu'une épopée allégorique de la grâce. On entend ici un homme du peuple qui parle au peuple, et qui veut rendre sensible à tous la terrible doctrine de la damnation et du salut[418]. Selon Bunyan, nous sommes «les fils de la colère,» condamnés de naissance, criminels par nature, prédestinés justement à la destruction. Sous cette pensée formidable le cœur fléchit. Le malheureux homme raconte qu'il tremblait de tous ses membres, et que dans ses convulsions il lui semblait que les os de sa poitrine allaient se briser. «Un jour, assis dans la rue, je tombai dans une profonde réflexion sur l'état effroyable où mon péché m'avait mis, et après une grande rêverie je levai la tête; mais il me sembla voir comme si le soleil qui brille dans le ciel répugnait à me donner sa lumière, et comme si les pierres mêmes des rues et les tuiles des toits se conjuraient contre moi. Il me sembla qu'ils se liguaient tous ensemble pour me bannir du monde. J'étais abhorré par eux et indigne d'habiter parmi eux, parce que j'avais péché contre le Sauveur. Oh! combien chaque créature était plus heureuse que moi! Car elles étaient fermes et se tenaient en place; mais moi, j'étais emporté et perdu.» Contre le pécheur qui se repent, les démons s'assemblent; ils obscurcissent sa vue, ils l'assiégent de fantômes, ils hurlent à côté de lui pour l'entraîner dans leurs précipices, et la noire vallée où le pèlerin se plonge égale à peine par l'horreur de ses symboles l'angoisse des terreurs dont il est assailli. «Aussi loin que cette vallée s'étendait, il y avait à main droite une fosse très-profonde, qui est celle où les aveugles ont conduit les aveugles dans tous les âges, et où les uns et les autres ont misérablement péri. Et, voyez, de l'autre côté il y avait une très-dangereuse fondrière dans laquelle celui qui tombe, fût-il homme de bien, ne trouve point de fond pour y poser le pied.—Ce sentier-là était extrêmement étroit, et pour cela le pauvre Chrétien avait encore plus à se garer; car lorsqu'il tâchait dans l'obscurité d'éviter la fosse de droite, il était près de rouler dans la fondrière de l'autre côté; et aussi, quand il voulait s'écarter sans grande précaution de la fondrière, il était près de tomber dans la fosse. Ainsi il allait, et je l'entendis ici soupirer amèrement; car, outre le danger qu'on a dit, le sentier était si obscur que quand il levait le pied pour le mettre en avant, il ne savait pas où ni sur quoi il le mettrait ensuite.—Vers le milieu de la vallée j'aperçus la gueule de l'enfer; et elle était tout près de la route. À présent, pensa Chrétien, que ferai-je?—Et de moment en moment la flamme et la fumée sortaient en si grande abondance avec des étincelles et des bruits hideux, qu'il était forcé de relever son épée et de recourir à une autre arme appelée prière.—Il alla ainsi longtemps; et toujours cependant la flamme arrivait jusqu'à lui; et il entendait aussi des voix lamentables et comme des frôlements et des froissements deçà et delà, tellement qu'il pensait parfois qu'il serait déchiré en pièces ou foulé comme la boue des rues[419].»—Contre ces angoisses, ni ses bonnes œuvres, ni ses prières, ni sa justice, ni toute la justice et toutes les prières de toutes les autres créatures ne pourront le défendre. Seule la grâce justifie. Il faut que Dieu lui impute la pureté du Christ et le sauve par un choix gratuit. Rien de plus passionné que la scène où, sous le nom de son pauvre pèlerin, il raconte ses doutes, sa conversion, sa joie et la soudaine transformation de son cœur. «Seigneur, dis-je, un si grand pécheur que moi peut-il être reçu par toi et sauvé par toi?—Ici je l'entendis qui disait: Celui qui vient à moi, je ne le rejetterai jamais.—Et alors mon cœur fut plein de joie, mes yeux furent pleins de larmes, et toute mon âme déborda d'amour pour le nom, le peuple et les voies de Jésus-Christ. Cela me fit voir que tout le monde, malgré toute la justice qui est en lui, est dans un état de condamnation. Cela me fit voir que Dieu le père, quoiqu'il soit juste, peut justement justifier le pécheur qui revient. Cela me fit grandement rougir de l'infamie de ma première vie. Cela me confondit par le sentiment de mon ignorance, parce que jamais pensée n'était venue auparavant dans mon cœur qui me montrât si bien la beauté de Jésus-Christ. Cela me rendit désireux d'une sainte vie et passionné pour faire quelque chose en l'honneur et à la gloire du nom du Seigneur Jésus. Oui, et je pensai que si j'avais maintenant mille pintes de sang dans mon corps, je le répandrais tout pour l'amour du Seigneur Jésus[420].»

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings