Note 408 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)
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Ce n'est pas d'une pareille conception de la vie qu'une véritable littérature peut sortir. L'idée du beau y manque, et qu'est-ce qu'une littérature sans l'idée du beau? L'expression naturelle des mouvements du cœur y est proscrite, et qu'est-ce qu'une littérature sans l'expression naturelle des mouvements du cœur? Ils ont aboli comme impies le libre drame et la riche poésie que la Renaissance avait portés jusqu'à eux. Ils rejettent comme profanes le style orné et l'ample éloquence que l'imitation de l'antiquité et de l'Italie avait établis autour d'eux. Ils se défient de la raison et sont incapables de philosophie. Ils ignorent les divines langueurs de l'Imitation et les tendresses touchantes de l'Évangile. On ne trouve dans leur caractère que virilité, dans leur conduite qu'austérité, dans leur esprit qu'exactitude. On ne voit parmi eux que des théologiens échauffés, des controversistes minutieux, des hommes d'action énergiques, des cerveaux bornés et patients, tous préoccupés de preuves positives et d'œuvres effectives, dépourvus d'idées générales et de goûts délicats, appesantis sur les textes, raisonneurs secs et obstinés qui tourmentent l'Écriture pour en extraire une forme de gouvernement ou un code de doctrine. Rien de plus étroit et de plus laid que ces recherches et ces disputes. Un pamphlet du temps demande la liberté de conscience, et tire ses arguments: «1o De la parabole du blé et de l'ivraie qui poussent ensemble jusqu'à la moisson; 2o de cette prescription des apôtres: Que chaque homme soit persuadé dans son propre entendement; 3o de ce texte: Partout où manque la foi est le péché; 4o de cette règle divine de notre Sauveur: Faites à autrui ce que vous voudriez qu'on vous fît à vous-mêmes[408].» Plus tard, quand la Chambre en fureur veut juger James Naylor, le procès s'enfonce dans une interminable discussion juridique et théologique, les uns prétendant que le crime commis est une idolâtrie, d'autres qu'il est une séduction, chacun vidant devant l'assemblée son arsenal de commentaires et de textes[409]. Rarement une génération s'est trouvée plus mutilée de toutes les facultés qui produisent la contemplation et l'ornement, plus réduite aux facultés qui nourrissent la discussion et la morale. Comme un splendide insecte qui s'est transformé et qui a perdu ses ailes, on voit la poétique génération d'Élisabeth disparaître et ne laisser à sa place qu'une lourde chenille, fileuse opiniâtre et utile, armée de pattes industrieuses et de mâchoires redoutables, occupée à ronger de vieilles feuilles et à dévorer ses ennemis. Point de style; ils parlent en hommes d'affaires; tout au plus, çà et là, un pamphlet de Prynne a de la vigueur. Les histoires, celle de May, par exemple, sont plates et lourdes. Les mémoires, même ceux de Ludlow, de mistress Hutchinson, sont longs, ennuyeux, véritables factums dépourvus d'accent personnel, vides d'effusion et d'agrément; tous, «ils semblent s'oublier et ne s'occupent que des destinées générales de leur cause[410].» De bons ouvrages de piété, des sermons solides et convaincants, des livres sincères, édifiants, exacts, méthodiques, comme ceux de Baxter, de Barclay, de Calamy, de John Owen, des récits personnels comme celui de Baxter, comme le journal de Fox, comme la vie de Bunyan, une grande provision consciencieusement rangée de documents et de raisonnements, voilà tout ce qu'ils offrent; le puritain détruit l'artiste, roidit l'homme, entrave l'écrivain, et ne laisse subsister de l'artiste, de l'homme, de l'écrivain, qu'une sorte d'être abstrait, serviteur d'une consigne. S'il se rencontre parmi eux un Milton, c'est que par ses vastes curiosités, ses voyages, son éducation encyclopédique, surtout par son adolescence trempée dans la grande poésie de l'âge précédent, et par son indépendance d'esprit hautainement défendue même contre les sectaires, Milton dépasse la secte. À proprement parler, ils ne pouvaient avoir qu'un poëte, poëte sans le vouloir, un fou, un martyr, héros et victime de la grâce, véritable prédicateur, qui atteint le beau par rencontre en cherchant l'utile par principe, pauvre chaudronnier qui, employant les images pour être compris des manouvriers, des matelots, des servantes, est parvenu, sans y prétendre, à l'éloquence et au grand art.