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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 2 de 5)

Note 399 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)

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Au-dessous de ces bouillonnements désordonnés de la surface, les couches saines et profondes de la nation s'étaient prises, et la foi nouvelle y faisait son œuvre, œuvre pratique et positive, politique et morale. Tandis que la réforme allemande, selon l'usage allemand, aboutissait aux gros livres et à une scolastique, la réforme anglaise, selon l'usage anglais, aboutissait à des actions et à des établissements. «Comment sera gouvernée l'Église de Christ:» voilà la grande question qui s'agite entre les sectes. La Chambre des communes demande à l'assemblée des théologiens «si les assemblées locales [399], provinciales et nationales sont de droit divin et instituées par la volonté et le commandement de J. C.? Si elles le sont toutes? S'il n'y en a que quelques-unes, et lesquelles? Si les appels portés des anciens d'une congrégation aux assemblées provinciales, départementales et nationales sont de droit divin et par la volonté et le commandement de J. C.? Si quelques-unes seulement sont de droit divin? Lesquelles? Si le pouvoir des assemblées en de tels appels est de droit divin et par la volonté et le commandement de J. C.?» et cent autres questions du même genre. Le Parlement déclare que[400], d'après l'Écriture, les dignités de prêtre et d'évêque sont égales, règle les ordinations, les convocations, les excommunications, les juridictions, les élections, dépense la moitié de son temps et use toute sa force à fonder l'Église presbytérienne.—Pareillement chez les indépendants, la ferveur engendre le courage et la discipline. Les côtes de fer de Cromwell «sont la plupart[401] des fils de francs-tenanciers qui s'engagent dans la guerre par un principe de conscience, et qui, étant bien armés au dedans par la satisfaction de leur conscience et au dehors par de bonnes armes de fer, font ferme ou chargent en désespérés comme un seul homme.» Cette armée où des caporaux inspirés prêchent des colonels tièdes, opère avec la solidité et la précision d'un régiment russe; c'est un devoir, un devoir envers Dieu que de tirer juste et de marcher en ligne, et le parfait chrétien produit le parfait soldat. Nulle séparation ici entre la spéculation et la pratique, entre la vie privée et la vie publique, entre le spirituel et le temporel. Ils veulent appliquer l'Écriture, établir «le royaume de Dieu sur la terre,» instituer non-seulement une Église chrétienne, mais encore une société chrétienne, changer la loi en gardienne des mœurs, imposer la piété et la vertu; et pour un temps ils y réussissent. «Quoique la discipline de l'Église fût renversée[402], dit Neal, il y avait un esprit extraordinaire de dévotion parmi le peuple dans le parti du Parlement. Le jour du Seigneur était gardé avec une exactitude remarquable, les églises étant remplies d'auditeurs attentifs et nombreux; trois et quatre fois par jour les officiers de paix faisaient des patrouilles dans les rues, et fermaient toutes les maisons publiques. Personne ne voyageait sur les routes et ne se promenait dans les champs, excepté en cas de nécessité absolue. Des exercices religieux étaient établis dans les familles privées, comme lire l'Écriture, prier en famille, répéter des sermons, chanter des psaumes; et cela était si universel que vous auriez pu parcourir toute la ville de Londres, le dimanche soir, sans voir une personne oisive ou sans entendre autre chose que le son des prières ou des cantiques qui sortait des églises et des maisons publiques[403]. Les gens n'hésitaient pas à se lever avant le jour et à franchir une grande distance pour avoir le bonheur d'entendre la parole de Dieu.—Il n'y avait point de maisons de jeu, ni de maisons de filles. On ne voyait et on n'entendait dans les rues ni jurons profanes, ni ivrognerie, ni aucune sorte de débauche.... Les soldats du Parlement accouraient en foule aux sermons, parlaient de religion, priaient et chantaient des psaumes ensemble en montant la garde.» En 1644, le Parlement défendit de vendre des denrées le dimanche, «de voyager, de transporter des fardeaux, de faire aucun travail mondain, sous peine de dix schillings d'amende pour le voyageur, et de cinq schillings pour chaque charge,» de «prendre part ou d'assister à aucune lutte, sonnerie de cloches, tir, marché, buvette, danse, jeu, sous peine d'une amende de cinq schillings pour chaque personne au-dessus de quatorze ans. Si des enfants sont trouvés coupables d'une de ces fautes, les parents ou tuteurs payeront douze pence pour chaque faute. Si les diverses amendes ci-dessus mentionnées ne peuvent être payées, les coupables seront mis dans les stocks pendant l'espace de trois heures.» Quand les indépendants furent au pouvoir, la sévérité fut plus âpre encore. Les officiers de l'armée ayant convaincu de blasphème un de leurs quartier-maîtres, «le condamnèrent à avoir la langue percée d'un fer rouge, son épée brisée au-dessus de sa tête, et à être chassé de l'armée.» Pendant l'expédition de Cromwell en Irlande, «on n'entendait pas un blasphème dans tout le camp, les soldats employant leurs heures de loisir à lire leurs Bibles, à chanter des psaumes et à tenir des conférences religieuses[404].» En 1650, les peines infligées aux profanateurs du dimanche furent doublées. Des lois violentes furent portées contre les paris, la galanterie fut taxée de crime, les théâtres furent démolis, les spectateurs mis à l'amende, les acteurs fouettés à la queue de la charrette, l'adultère puni de mort: pour mieux frapper le vice, ils persécutaient le plaisir. Mais s'ils étaient austères envers autrui, ils l'étaient envers eux-mêmes, et pratiquaient les vertus qu'ils imposaient. Après la Restauration, deux mille ministres, pour ne pas se conformer à la nouvelle liturgie, renoncèrent à leurs cures, sauf à mourir de faim avec leurs familles. «Beaucoup d'entre eux, ne croyant pas avoir le droit de quitter leur ministère après y avoir été destinés par l'ordination, prêchèrent à ceux qui voulurent les entendre dans les champs et dans les maisons particulières, jusqu'à ce qu'ils fussent saisis et jetés dans des prisons où un grand nombre d'entre eux périrent[405].» Les cinquante mille vétérans de Cromwell, licenciés tout d'un coup et sans ressources, ne fournirent pas une seule recrue aux vagabonds et aux bandits. «Les royalistes eux-mêmes confessèrent que dans toutes les branches d'industrie honnête, ils prospéraient au delà des autres hommes, que nul d'entre eux n'était accusé de larcin ou de brigandage, qu'on n'en voyait pas un demander l'aumône, et que si un boulanger, un maçon ou un charretier se faisait remarquer par sa sobriété et son activité, il était très-probablement un des vieux soldats d'Olivier[406].» Purifiés par la persécution et ennoblis par la patience, ils finiront par conquérir la tolérance de la loi comme le respect du public, et relèveront la morale nationale comme ils ont sauvé la liberté nationale. Cependant les autres, fugitifs en Amérique, poussent jusqu'au bout ce grand esprit religieux et stoïque, avec ses faiblesses et ses forces, avec ses vices et ses vertus. Leur volonté, tendue par une foi fervente, tout employée à la vie politique et pratique, invente l'émigration, supporte l'exil, repousse les Indiens, fertilise le désert, érige la morale rigide en loi civile, institue et arme l'Église, et sur la Bible fonde l'État[407].

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