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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 2 de 5)

Note 392 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)

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Entre les deux, elle fait des combattants. Ils se sont enrichis et accrus extraordinairement en quatre-vingts ans, comme il arrive toujours aux gens qui travaillent, vivent honnêtement et se tiennent debout à travers la vie, soutenus par un grand ressort intérieur. Ils peuvent résister dorénavant, et, poussés à bout, ils résistent; ils aiment mieux prendre les armes que de se laisser acculer à l'idolâtrie et au péché. Le Long Parlement s'assemble, défait le roi, épure la religion; l'écluse est lâchée, les indépendants par-dessus les presbytériens, les exaltés par-dessus les fervents, tous se précipitent; la foi irrésistible et envahissante, l'enthousiasme font un torrent, noient, ou troublent les cerveaux les plus sains, les politiques, les juristes, les capitaines. La Chambre emploie un jour entier par semaine à délibérer sur l'avancement de la religion. Sitôt qu'on touche à ses dogmes, elle entre en fureur. Un pauvre homme, Paul Best, étant accusé de nier la Trinité, elle veut qu'on dresse une ordonnance pour le punir de mort; James Naylor ayant cru qu'il était Dieu, elle s'acharne onze jours durant à son procès avec une animosité et une férocité hébraïques: «Je pense qu'il n'y a personne plus possédé du diable que cet homme.—C'est notre Dieu qui est ici supplanté.—Mes oreilles ont tressailli, mon cœur a frémi en entendant ce rapport.—Je ne parlerai pas davantage. Bouchons nos oreilles et lapidons-le[392].» Devant la Chambre, publiquement, des hommes officiels avaient des extases. Après l'expulsion des presbytériens, le prédicateur Hugh Peters s'écriait au milieu d'un sermon: «Voici, voici maintenant la révélation; je vais vous en faire part. Cette armée extirpera la monarchie, non-seulement ici, mais en France et dans les autres royaumes qui nous entourent. On dit que nous entrons dans une route jusqu'ici sans exemple; que pensez-vous de la vierge Marie? Y avait-il auparavant quelque exemple qu'une femme pût concevoir sans la société d'un homme? Ceci est un temps qui servira d'exemple aux temps à venir[393].» Cromwell trouve dans la Bible des prédictions, des conseils pour le temps présent, des justifications positives de sa politique. «Je crois vraiment que le Seigneur a dessein de délivrer son peuple de tout fardeau, et qu'il est près d'accomplir tout ce qui a été prédit au psaume 113. C'est ce psaume qui m'encourage.» Et il récite et commente pendant une heure le psaume 113. Il a beau être calculateur, ambitieux par excellence, il est néanmoins vraiment fanatique et sincère. Son médecin contait qu'il avait été fort mélancolique pendant des années entières, avec des imaginations bizarres, et la persuasion fréquente qu'il allait mourir. Deux ans avant la révolution, il écrivait à son cousin: «Véritablement, aucune pauvre créature n'a plus de causes que moi de se mettre en avant pour la cause de son Dieu. Que le Seigneur m'accepte dans son Fils et me donne de marcher dans la lumière, et nous donne de marcher dans la lumière, comme il est la lumière. Béni soit son nom pour avoir brillé sur un cœur aussi obscur que le mien!» Certainement il songeait à devenir saint autant qu'à devenir roi, et aspirait au salut comme au trône. Au moment d'entrer en Irlande et d'y massacrer les catholiques, il écrivait à sa belle-fille une lettre de direction que Baxter ou Taylor eussent volontiers signée. Du milieu des affaires, en 1651, il exhortait ainsi sa femme: «Ma très-chère, je ne puis me décider à manquer cette poste, quoique j'aie beaucoup à écrire. Je me réjouis d'apprendre que ton âme prospère. Que le Seigneur augmente encore et encore ses faveurs envers toi. Le plus grand bien que ton âme puisse désirer est que le Seigneur tourne vers toi la lumière de son visage, qui est meilleure que la vie. Que le Seigneur bénisse tous les bons conseils et exemples que tu donnes à ceux qui sont autour de toi, et entende toutes tes prières, et t'accepte toujours.» Il demanda en mourant si la grâce, une fois reçue, pouvait se perdre, et fut rassuré quand il apprit que non, étant certain, dit-il, d'avoir été une fois en état de grâce. Il expira sur cette prière: «Seigneur, quoique je sois une pauvre et misérable créature, je suis en alliance avec toi par la grâce, et je puis, je dois venir à toi pour ton peuple. Tu as fait de moi, quoique très-indigne, un humble instrument pour ton service.... Seigneur, de quelque façon que tu disposes de moi, continue et achève de leur faire du bien. Et achève l'œuvre de réforme, et rends le nom du Christ glorieux dans le monde[394].» Sous cet esprit pratique, prudent, propre au monde, il y avait un fonds anglais d'imagination trouble et puissante[395], capable d'engendrer le calvinisme passionné et les craintes mystiques. Les mêmes contrastes se heurtaient et se conciliaient chez les autres indépendants. En 1648, après de fausses manœuvres, ils se trouvèrent en danger, placés entre le roi et le Parlement; là-dessus ils s'assemblèrent plusieurs jours de suite à Windsor pour se confesser devant Dieu et lui demander son aide, et découvrirent que tout le mal venait des conférences qu'ils avaient eu la faiblesse de proposer au roi. «Et dans ce sentier, dit l'adjudant général Allen, le Seigneur nous mena pour nous montrer non-seulement notre péché, mais notre devoir. Et cela s'appesantit si unanimement sur chaque cœur, qu'il y eut à peine un de nous qui fût capable de dire un mot aux autres, à cause des larmes amères qu'il versait, en partie par le sentiment et la honte de nos iniquités, de notre peu de foi, de notre lâche crainte des hommes, des conseils charnels que nous avions tenus avec notre sagesse, et non avec la parole du Seigneur[396].» Là-dessus, ils résolurent de mettre le roi en jugement et à mort, et firent comme ils avaient résolu.

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