Note 359 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)
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Il avait bien jugé; c'est par cette suprême épreuve qu'une croyance prouve sa force et conquiert ses partisans; les supplices sont une propagande en même temps qu'un témoignage, et font des convertis en faisant des martyrs. Tous les écrits du temps et tous les commentaires qu'on en peut faire languissent auprès des actions qui, coup sur coup, éclatèrent alors chez les docteurs et dans le peuple, jusque parmi les plus simples et les plus ignorants. En trois ans, sous Marie, près de trois cents personnes, hommes, femmes, vieillards, jeunes gens, quelques-uns presque enfants, plutôt que d'abjurer, se laissèrent brûler vivants. La toute-puissante idée de Dieu et de la fidélité qu'on lui doit les roidissait contre toutes les réclamations de la nature et contre tous les frémissements de la chair. «Nul ne sera couronné, écrivait l'un d'eux, hors ceux qui combattront en hommes, et celui qui souffrira jusqu'au bout sera sauvé.» Le docteur Rogers souffrit, le premier, en présence de sa femme et de ses dix enfants, dont l'un était encore à la mamelle. On ne l'avait point averti, et il dormait profondément. Soudain la femme du geôlier l'éveilla, et lui apprit que c'était pour cette matinée. «Alors, dit-il, je n'ai pas besoin d'attacher mes aiguillettes.» Au milieu de la flamme, il n'avait pas l'air de souffrir. «Ses enfants étaient debout à côté de lui, le consolant; en sorte qu'on aurait dit qu'ils le conduisaient à quelque joyeux mariage[359].»—Un jeune homme de dix-neuf ans, William Hunter, apprenti chez un tisseur de soie, fut exhorté par sa mère à persévérer jusqu'au bout. «Elle lui dit qu'elle était contente d'avoir eu le bonheur de porter un enfant comme lui, qui trouvait en son cœur le courage de perdre sa vie pour l'amour du nom du Christ. Alors William dit à sa mère: Pour la petite douleur que j'aurai à souffrir, et qui n'est qu'un court passage, le Christ m'a promis, ma mère, une couronne de joie. Ne devez-vous pas en être contente, ma mère?—Là-dessus, sa mère s'agenouilla, en disant: Je prie Dieu de te fortifier, mon fils, jusqu'à la fin; oui, et je pense ta part aussi bonne que celle d'aucun des enfants que j'ai portés.... Aussitôt le feu fut fait. Alors William jeta tout droit son psautier dans la main de son frère, qui dit: William, pense à la sainte Passion du Christ, et n'aie pas peur de la mort.—Et William répondit: Je n'ai pas peur.—Puis il leva ses mains vers le ciel, et dit: Seigneur! Seigneur! Seigneur! recevez mon esprit. Et rejetant sa tête dans la fumée étouffante, il rendit sa vie pour la vérité[360].»