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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 2 de 5)

Note 357 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)

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Un point manque encore pour achever cette religion virile, le raisonnement humain. Le ministre monte en chaire et parle; il parle froidement, je le veux bien, avec des commentaires littéraux et des démonstrations trop longues, mais solidement, sérieusement, en homme qui veut bien convaincre, et par de bons moyens, qui ne s'adresse qu'à la raison, et ne discourt que de la justice. Avec Latimer et ses contemporains, la prédication comme la religion change d'objet et de caractère; comme la religion, elle devient populaire et morale, et s'approprie à ceux qui l'écoutent pour les rappeler à leurs devoirs. Peu d'hommes, par leur vie et leur parole, ont mieux que celui-ci mérité des hommes. C'était un véritable Anglais, consciencieux, courageux, homme de bon sens et de pratique, issu de la classe laborieuse et indépendante où étaient le cœur et les muscles de la nation. Son père, un brave yeoman, avait une ferme de quatre livres par an, où il employait une demi-douzaine d'hommes, avec trente vaches que trayait sa femme, lui-même bon soldat du roi, s'entretenant d'une armure pour lui et son cheval afin de paraître à l'armée selon les occurrences, enseignant à son fils à tirer de l'arc, lui donnant à boucler sa cuirasse, et trouvant au fond de sa bourse quelques vieux nobles pour l'envoyer à l'école et de là à l'Université. Le petit Latimer étudia âprement, prit ses grades, et resta longtemps bon catholique, ou, comme il disait, «dans les ténèbres et l'ombre de la mort.» Vers trente ans, ayant fréquenté Bilney le martyr, et surtout ayant connu le monde et pensé par lui-même, il commença «à flairer la parole de Dieu et à abandonner les docteurs d'école et les sottises de ce genre,» bientôt à prêcher, et tout de suite à passer «pour un séditieux grandement incommode aux gens en place qui étaient injustes.» Car ce fut là d'abord le trait saillant de son éloquence; il parlait aux gens de leurs devoirs, et en termes précis. Un jour qu'il prêchait devant l'Université, l'évêque d'Ely entra curieux de l'entendre. Sur-le-champ il changea de sujet, et fit le portrait du prélat parfait, portrait qui ne cadrait pas bien avec la personne de l'évêque, et il fut dénoncé pour ce fait. Devenu chapelain de Henri VIII, si terrible que fût le roi, si petit qu'il fût lui-même, il osa lui écrire librement pour arrêter la persécution qui commençait et empêcher l'interdiction de la Bible; certainement il jouait sa vie. Il l'avait déjà fait, il le fit encore; comme Tyndal, comme Knox, comme tous les chefs de la Réforme, il vécut presque incessamment dans l'attente de la mort, et dans la pensée du bûcher. Avec une santé mauvaise, attaqué par de grands maux de tête, par des douleurs d'entrailles, par la pleurésie, par la pierre, il faisait un travail énorme, voyageant, écrivant, prêchant, prononçant à soixante-sept ans deux sermons chaque dimanche, et le plus souvent se levant à deux heures du matin, été comme hiver, pour étudier. Rien de plus simple et de plus efficace que son éloquence; et la raison en est qu'il ne parle jamais pour parler, mais pour faire une œuvre. Ses instructions, entre autres celles qu'il prêche devant le jeune roi Édouard, ne sont pas, comme celles de Massillon devant le petit Louis XV, suspendues en l'air, dans la tranquille région des amplifications philosophiques: ce sont les vices présents qu'il veut corriger et qu'il attaque, les vices qu'il a vus, que chacun désigne du doigt; lui aussi il les désigne, nommant les choses par leur nom, et aussi les gens, disant les faits et les détails, en brave cœur, qui n'épargne personne, et s'expose sans arrière-pensée pour dénoncer et redresser l'iniquité. Si universelle que soit sa morale, si ancien que soit son texte, il l'applique aux contemporains, à ses auditeurs, tantôt aux juges qui sont là, «à messieurs les habits de velours» qui ne veulent pas écouter les pauvres, qui en douze mois ne donnent qu'un jour d'audience à telle femme, et qui laissent telle autre pauvre femme à la prison de la Flotte, sans vouloir accepter caution; tantôt aux payeurs, aux entrepreneurs du roi, dont il compte les voleries, qu'il place «entre l'enfer et la restitution,» et de qui, livre par livre, il obtient et extorque l'argent volé. Toujours, de l'iniquité abstraite, il va à l'abus spécial; car c'est l'abus qui crie et demande non un discoureur, mais un champion; la théologie ne vient pour lui qu'en second lieu; avant tout, la pratique; la véritable offense contre Dieu, à ses yeux, c'est un mauvais acte; le véritable service de Dieu, c'est la suppression des mauvais actes. Et regardez par quelles voies il y va. Nul grand mot, nul étalage de style, nul déroulement de dialectique. Il conte sa vie, la vie des autres, et donne les dates, les chiffres, les lieux; il abonde en anecdotes, en petites circonstances sensibles, capables d'entrer dans l'imagination et de réveiller les souvenirs de chaque auditeur. Il est familier, parfois plaisant, et toujours si précis, si imbu des événements réels et des particularités de la vie anglaise, qu'on peut tirer de ses sermons une description presque complète des mœurs de son temps et de son pays. Pour réprimander les grands qui s'approprient les communaux par des enclos, il leur fait le détail des nécessités du paysan, sans le moindre souci des convenances; c'est qu'il ne s'agit point ici de garder des convenances, mais de produire des convictions. «Une terre à labour a besoin de moutons, car il leur faut des moutons pour fumer leur terre, s'ils veulent qu'elle porte du grain; en effet, s'ils n'ont point de moutons pour les aider à engraisser leur terre, ils n'auront que du pauvre blé et maigre. Ils ont aussi besoin de porcs pour leur nourriture, afin d'avoir du lard; le lard est leur venaison; vous savez bien que le justice est là avec son latin et sa potence, s'ils veulent en avoir une autre; en sorte que le lard est leur nourriture nécessaire, de laquelle ils ne peuvent se passer. Il leur faut aussi d'autres bêtes, comme chevaux pour tirer leur charrue et porter leurs récoltes au marché, vaches pour leur lait et leur fromage dont ils vivent, et sur lesquels ils payent leur fermage. Toutes ces bêtes ont besoin de pâturage; lequel manquant, il faut que tout le reste manque aussi; et elles ne peuvent pas avoir de pâturage, si on prend la terre et si on l'enclôt de façon à ce qu'elles n'y entrent pas[357].» Une autre fois, pour mettre ses auditeurs en garde contre les jugements précipités, il leur conte qu'étant entré dans la tour de Cambridge pour exhorter les détenus, il trouva une femme accusée d'avoir tué son enfant et qui ne voulait rien confesser. «Son enfant avait été malade pendant l'espace d'un an, et s'en allait, à ce qu'il paraît, de consomption. À la fin, il mourut dans le temps de la moisson. Elle s'en alla chez les voisins et autres amis pour requérir leur aide, afin de préparer l'enfant pour la sépulture; mais personne n'était au logis, chacun était aux champs. La femme, avec un grand abattement et une grande angoisse de cœur, s'en revint, et étant toute seule prépara l'enfant pour la sépulture. Son mari, au retour, n'ayant pas grand amour pour elle, l'accusa du meurtre; et voilà comme elle fut prise et amenée à Cambridge. Pour moi, avec tout ce que je pus apprendre par une recherche exacte, je crus en conscience que la femme n'était pas coupable, toutes les circonstances bien considérées. Aussitôt après cela, je fus appelé à prêcher devant le roi, ce qui était le premier sermon que j'eusse à faire devant Sa Majesté, et je le fis à Windsor, où Sa Majesté, après le sermon fini, me parla très-familièrement dans une galerie. Alors, quand je vis le bon moment, je m'agenouillai devant Sa Majesté, lui découvrant toute l'affaire, et ensuite je suppliai très-humblement Sa Majesté de pardonner à cette femme; car je croyais, en ma conscience, qu'elle n'était pas coupable, et autrement, pour tout au monde, je n'aurais pas voulu intercéder pour un assassin. Le roi écouta avec beaucoup de clémence mon humble requête, tellement que j'eus pour elle un pardon tout préparé, quand je m'en retournai au logis. Cependant cette femme était accouchée d'un enfant dans la tour de Cambridge, dont je fus le parrain et mistress Cheak la marraine. Mais pendant tout ce temps je cachai mon pardon, et ne lui en dis rien, l'exhortant seulement à avouer la vérité. À la fin, le jour vint où elle crut qu'on l'exécuterait; je vins, comme c'était ma coutume, pour l'instruire, et elle me fit une grande lamentation; car elle croyait qu'elle serait damnée, si on l'exécutait avant qu'elle eût pu faire ses relevailles.... Nous manœuvrâmes ainsi avec cette femme jusqu'à ce que nous l'eussions amenée à de bonnes dispositions. À la fin, nous lui montrâmes le pardon du roi et la laissâmes aller. Je vous ai conté cette histoire pour vous montrer que nous ne devons point être trop précipités à croire un rapport, mais que nous devons plutôt suspendre nos jugements jusqu'à ce que nous sachions la vérité[358].» Quand un homme prêche ainsi, on le croit; on est sûr qu'il ne récite pas une leçon, on sent qu'il a vu, qu'il tire sa morale, non des livres, mais des faits, que ses conseils sortent du solide fonds d'où tout doit sortir, je veux dire de l'expérience multipliée et personnelle. Maintes fois j'ai écouté les orateurs populaires, ceux qui s'adressent aux bourses, et prouvent leur talent par leurs recettes; c'est de cette façon qu'ils haranguent, avec des exemples circonstanciés, récents, voisins, avec les tournures de la conversation, laissant là les grands raisonnements et le beau langage. Figurez-vous l'ascendant des Écritures commentées par une telle parole, jusqu'à quelles couches du peuple elle peut descendre, quelle prise elle a sur des matelots, des ouvriers, des domestiques; considérez encore que l'autorité de cette parole est doublée par le courage, l'indépendance, l'intégrité, la vertu inattaquable et reconnue de celui qui la porte; il a dit la vérité au roi, il a démasqué les voleurs, il a encouru toutes sortes de haines, il a quitté son évêché pour ne rien signer contre sa conscience, et voici qu'à quatre-vingts ans, sous Marie, ayant refusé de se rétracter, après deux ans de prison et d'attente, et quelle attente! il est conduit au bûcher. Son compagnon Ridley «dormit, la nuit qui précéda, aussi tranquillement que jamais en sa vie,» et attaché au poteau, dit tout haut: «Père céleste, je te remercie humblement de m'avoir choisi pour être confesseur de la vérité même par ma mort.» À son tour, comme on allumait les fagots, Latimer s'écria: «Bon courage, maître Ridley, soyez homme, nous allons aujourd'hui, par la grâce de Dieu, allumer une chandelle en Angleterre, de telle sorte que, j'espère, on ne l'éteindra jamais.» Il baigna d'abord ses mains dans les flammes, et, recommandant son âme à Dieu, il mourut.

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