Note 342 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)
Reading edition
Cependant la contagion avait gagné même les gens officiels, et Henri VIII enfin permettait de publier la Bible anglaise[342]. L'Angleterre avait son livre. «Quiconque pouvait acheter le livre, dit Strype, ou le lisait assidûment, ou se le faisait lire par d'autres, et plusieurs personnes d'âge apprirent à lire pour cet objet.» Des pauvres, le dimanche, se rassemblaient au bas de l'église pour le lire. Un jeune homme, Maldon, contait plus tard qu'il avait mis ses économies avec celles d'un apprenti de son père pour acheter un Nouveau Testament, et que, par crainte de son père, ils l'avaient caché dans leur paillasse. En vain le roi, dans sa proclamation, avait ordonné aux gens «de ne pas trop accorder à leur propre sens, à leurs imaginations, à leurs opinions; de ne pas raisonner publiquement là-dessus dans leurs tavernes publiques et dans leurs débits de bière, mais d'avoir recours aux gens doctes et autorisés;» la semence germait, et on aimait mieux en croire Dieu que les hommes. Maldon déclarait à sa mère qu'il ne s'agenouillerait plus devant le crucifix, et son père furieux le rouait de coups et voulait le pendre. La préface elle-même appelait les gens à l'étude indépendante, disant que «l'évêque de Rome a tâché longtemps de priver le peuple de la Bible..., pour l'empêcher de découvrir ses tours et ses mensonges..., sachant bien que si le clair soleil de la parole de Dieu apparaissait dans la chaleur du jour, il dissiperait le brouillard pestilentiel de ses diaboliques doctrines.» Même de l'avis des gens officiels, c'est donc la vérité pure et tout entière qui est là, non pas la simple vérité spéculative, mais la vérité morale sans laquelle nous ne pouvons bien vivre ni être sauvés. «Cherche dans l'Écriture, dit le traducteur, principalement et avant tout les traités et les contrats[343] faits entre Dieu et nous, c'est-à-dire la loi et les commandements que Dieu nous fait, et ensuite, la grâce et le pardon qu'il promet à tous ceux qui se soumettent à sa loi. Car toutes les promesses, partout, dans toute l'Écriture, enferment un traité; c'est-à-dire que Dieu s'engage à t'accorder cette grâce à cette condition seulement que tu t'efforceras toi-même de garder ses lois.» Quel mot! et avec quelle ardeur, des hommes tourmentés par les reproches incessants d'une conscience scrupuleuse et par le pressentiment de l'éternité obscure, vont-ils appliquer sur ces pages toute l'attention de leurs yeux et de leur cœur!