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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 2 de 5)

Note 339 — LIVRE II. LA RENAISSANCE. (SUITE.)

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Considérez à ce moment, vers 1521, l'intérieur d'un diocèse, celui de Lincoln, par exemple[339], et jugez par cet exemple de la manière dont la machine ecclésiastique travaille par toute l'Angleterre, multipliant les martyres, les haines et les conversions. L'évêque Longland fait appeler les parents des accusés, frères, femmes et enfants, et leur défère le serment; comme ils ont déjà été poursuivis et qu'ils ont abjuré, il faut bien qu'ils avouent, sinon ils sont relaps, et les fagots sont prêts. Voilà donc qu'ils dénoncent leurs proches et eux-mêmes. L'un a enseigné à un autre en anglais l'épître de saint Jacques. Celui-ci, ayant oublié plusieurs mots du Pater et du Credo latins, ne sait plus les réciter qu'en anglais. Une femme a détourné son visage de la croix qu'on portait le matin de Pâques. Plusieurs, à l'église, surtout au moment de l'élévation, n'ont pas voulu dire de prières et sont restés assis, «muets comme des bêtes.» Trois hommes, dont un charpentier, ont passé ensemble une nuit lisant un livre de l'Écriture. Une femme grosse est allée communier sans être à jeun. Un chaudronnier a nié la présence réelle. Un briquetier a gardé en sa possession l'Apocalypse. Un batteur en grange a dit, en montrant son ouvrage, qu'il était en train de faire sortir Dieu de la paille. D'autres ont mal parlé des pèlerinages, ou du pape, ou des reliques, ou de la confession. Et là-dessus, cinquante d'entre eux sont condamnés dans la même année à abjurer, à promettre de dénoncer autrui, et à faire toute leur vie pénitence, sous peine d'être relaps et brûlés comme tels. On les enferme en différentes abbayes; ils y seront nourris d'aumônes et travailleront pour mériter qu'on les nourrisse; ils paraîtront avec un fagot sur l'épaule au marché et à la procession du dimanche, puis dans une procession générale, puis au supplice d'un hérétique; ils jeûneront au pain et à l'eau tous les vendredis de leur vie, et porteront une marque visible sur leur joue. Outre cela six seront brûlés vifs, et les enfants de l'un d'eux, John Scrivener, sont obligés de mettre eux-mêmes le feu au bûcher de leur père. Croyez-vous que, l'homme brûlé ou enfermé, tout soit fini? On se tait, je le veux bien, et on se cache; mais les longs souvenirs et les ressentiments amers subsistent sous le silence forcé. Ils ont vu[340] leur camarade, leur parent, leur frère lié par une chaîne de fer, les mains jointes, priant au milieu de la fumée pendant que la flamme noircissait sa peau et faisait fondre sa chair. De tels spectacles ne s'oublient pas; les dernières paroles prononcées sur les fagots, les appels suprêmes à Dieu et au Christ demeurent dans leur cœur, tout-puissants et ineffaçables. Ils les emportent avec eux et les méditent tout bas dans les champs, à leur ouvrage, quand ils se croient seuls; et là-dessus, obscurément, passionnément, les têtes travaillent. Car, par delà cette sympathie universelle qui range tout homme du côté des opprimés, il y a le sentiment religieux qui fermente. La crise de la conscience a commencé, elle est naturelle à cette, race; ils songent à leur salut, ils s'alarment de leur état, ils s'effrayent des jugements de Dieu, ils se demandent si, en demeurant sous l'obéissance et sous les rites qu'on leur impose, ils ne deviennent pas coupables et ne méritent pas d'être damnés. Est-ce avec des prisons et des supplices qu'on étouffera cette terreur? Crainte contre crainte, il ne reste qu'à savoir laquelle des deux sera la plus forte. On le saura bientôt; car le propre de ces anxiétés intérieures, c'est de s'accroître sous la contrainte et l'oppression; comme une source vive qu'on essaye en vain d'écraser sous les pierres, elles bouillonnent, et s'entassent, et regorgent, jusqu'à ce que leur trop-plein déborde, disjoignant ou crevant la maçonnerie régulière sous laquelle on a voulu les enterrer. Dans la solitude des champs, aux longues veillées d'hiver, l'homme rêve; bientôt il a peur et devient morne. Le dimanche à l'église, quand on l'oblige à se signer, à s'agenouiller devant la croix, à recevoir l'hostie, il frémit, se croit en péché mortel. Il cesse de parler à ses amis; il demeure pendant des heures, la tête penchée, triste; la nuit, sa femme l'entend soupirer, et il se lève ne pouvant dormir. Représentez-vous cette figure pâlie, angoisseuse, et qui porte sous sa roideur et sous son flegme une ardeur secrète; on la retrouve encore en Angleterre dans ces pauvres sectaires râpés qui, une Bible à la main, se mettent tout d'un coup à prêcher au milieu d'un carrefour, dans ces longues faces qui, après le service, n'ayant point eu assez de prières, entonnent un psaume dans la rue. La sombre imagination a tressailli, comme une femme enceinte, et son fruit grossit chaque jour déchirant celui qui le porte. Le long hiver boueux, la plainte du vent qui se lamente dans les poutres mal jointes du toit, la mélancolie du ciel incessamment noyé de pluies ou cerné de nuages, assombrissent encore le lugubre rêve. Désormais il a pris son parti, il veut être sauvé coûte que coûte. Au péril de sa vie, il se procure quelqu'un de ces livres qui enseignent la voie du salut, le Guichet de Wicleff, l'Obéissance du chrétien, parfois la Révélation de l'Antéchrist par Luther, mais surtout quelques portions de la parole de Dieu, que Tyndal vient de traduire. Tel a caché ses livres dans le creux d'un arbre; un autre apprend par cœur une épître ou un évangile, afin de pouvoir y penser tout bas, même en présence des dénonciateurs. Seul à seul, quand il est sûr de son voisin, il lui en parle, et quand un paysan parle de cette sorte à un paysan, un ouvrier à un ouvrier, vous savez quel est l'effet. «C'est par les fils des yeomen surtout, dit Latimer, que la foi du Christ s'est maintenue en Angleterre[341],» et ce sera plus tard avec des fils de yeomen, que Cromwell gagnera ses victoires puritaines. Quand un chuchotement court ainsi dans le peuple, toutes les voix officielles crient inutilement; la nation a rencontré son poëme, elle bouche ses oreilles aux importuns qui tâchent de l'en distraire, et bientôt elle le chantera de toute sa voix et de tout son cœur.

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