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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Note 360 — LIVRE II. LA RENAISSANCE.

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Ajoutez encore sa méthode. Car une fois le but d'un voyage marqué, la route est désignée, puisque partout c'est le but qui désigne la route; quand le point d'arrivée devient nouveau, la voie pour arriver devient nouvelle, et la science, changeant d'objet, change de procédé. Tant qu'elle bornait son effort à contenter la curiosité oisive, à fournir des perspectives, à établir une sorte d'opéra dans les cervelles spéculatives, elle pouvait s'élancer au bout d'un instant dans les abstractions et les distinctions métaphysiques; c'était assez pour elle d'effleurer l'expérience; elle en sortait aussitôt; elle arrivait tout de suite aux grands mots, aux quiddités, au principe d'individuation, aux causes finales. Les demi-preuves lui suffisaient; au fond, elle ne s'occupait pas d'établir une vérité, mais d'arracher une conviction, et son instrument, le syllogisme, n'était bon que pour les réfutations, non pour les découvertes; il prenait les lois générales pour point de départ au lieu de les prendre pour point d'arrivée; au lieu d'aller les trouver, il les supposait trouvées; il servait dans les écoles, non dans la nature, et faisait des disputeurs, non des inventeurs. Du moment qu'une science a pour but un art, et qu'on étudie pour agir, tout est retourné; car on n'agit pas sans une connaissance indubitable et précise. Pour employer des forces, il faut qu'elles soient mesurées, vérifiées; pour bâtir une maison, il faut savoir avec exactitude la résistance des poutres, autrement la maison croulera; pour guérir un malade, il faut savoir avec certitude l'effet d'un remède, autrement le malade mourra. La pratique impose à la science la certitude et l'exactitude, parce que la pratique est impossible quand elle n'a pour appuis que des conjectures et des à-peu-près. Comment faire pour sortir des à-peu-près et des conjectures? Comment importer dans la science la solidité et la précision? Il faut imiter les cas où la science, aboutissant à la pratique, s'est montrée précise et solide, et ces cas sont les industries. Il faut, comme dans les industries, observer, essayer, tâtonner, vérifier, tenir son esprit fixé «sur des choses sensibles et particulières,» n'avancer que pas à pas vers les règles générales, «ne point anticiper» sur l'expérience, mais la suivre, ne point supposer la nature, mais «l'interpréter.» Il faut, pour chaque effet général, comme la chaleur, la blancheur, la dureté, la liquidité, chercher une condition générale, en telle façon qu'en produisant la condition on puisse produire l'effet. Et pour cela il faut, «par des rejets et des exclusions convenables,» extraire la condition cherchée de l'amas de faits où elle gît enfouie, construire la table des cas où l'effet est absent, la table des cas où l'effet est présent, la table des cas où l'effet se montre avec des degrés divers, afin d'isoler et de mettre au jour la condition qui le produit[360]. Alors paraîtront non les axiomes universels inutiles, mais «les axiomes moyens efficaces,» véritables lois d'où l'on pourra tirer des œuvres, et qui sont des sources de puissance au même degré que des sources de lumière[361]. Bacon décrit et prédit ici la science et l'industrie moderne, leur correspondance, leur méthode, leurs ressources, leur principe, et après plus de deux siècles, c'est encore chez lui que nous allons chercher aujourd'hui la théorie de ce que nous tentons et de ce que nous faisons.

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