Note 359 — LIVRE II. LA RENAISSANCE.
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D'où vient-elle, cette idée si grande et si juste? Sans doute il a fallu pour l'atteindre du bon sens et aussi du génie; mais ni le bon sens ni le génie n'ont manqué aux hommes; il y en a eu plus d'un qui, remarquant comme Bacon le progrès des industries particulières, a pu, comme lui, concevoir l'industrie universelle, et, de certaines améliorations limitées, conclure l'amélioration sans limites. C'est ici que la puissance des alentours se manifeste; l'homme croit tout faire par la force de sa pensée personnelle, et il ne fait rien que par le concours des pensées environnantes; il s'imagine suivre la petite voix qui parle au dedans de lui, et il ne l'écoute que parce qu'elle est grossie de mille voix bruissantes et impérieuses qui, parties de toutes les circonstances voisines ou lointaines, viennent se confondre avec elle en vibrant à l'unisson. Le plus souvent, comme Bacon, il l'a entendue dès le premier éveil de sa réflexion; mais elle a disparu sous les sons contraires qui du dehors sont arrivés pour la recouvrir. Cette confiance en l'élargissement infini de la puissance humaine, cette glorieuse idée de la conquête universelle de la nature, cette ferme espérance en l'augmentation continue du bien-être et du bonheur, croyez-vous qu'elle eût pu germer, grandir, occuper tout un esprit, et de là s'enraciner, se propager et se déployer dans les intelligences voisines, en un temps de découragement et de décadence, quand on croyait la fin du monde prochaine, quand les ruines se faisaient tout autour de l'homme, quand le mysticisme chrétien comme aux premiers siècles, quand la tyrannie ecclésiastique comme au quatorzième siècle, lui démontraient son impuissance en pervertissant son invention ou en écrasant sa liberté? Bien loin de là: de telles espérances devaient paraître alors des révoltes de l'orgueil ou des suggestions de la chair. Elles parurent telles, et les derniers représentants de la science antique, comme les premiers représentants de la science moderne, furent exilés ou enfermés, assassinés ou brûlés. Pour se développer, il faut qu'une idée soit en harmonie avec la civilisation qui l'entoure; pour que l'homme espère l'empire des choses et travaille à refondre sa condition, il faut que de toutes parts l'amélioration ait commencé, qu'autour de lui les industries grandissent, que les connaissances s'amassent, que les beaux-arts se déploient, que cent mille témoignages irrécusables viennent incessamment lui donner la preuve de sa force et la certitude de son progrès. «L'enfantement viril du siècle[359],» ce titre que Bacon décerne à son œuvre, est le véritable. En effet, tout le siècle y a coopéré; c'est par cette création qu'il s'achève. Le sentiment de la puissance et de la prospérité humaine a fourni à la Renaissance son premier ressort, son modèle idéal, sa matière poétique, son caractère propre, et maintenant il lui fournit son expression définitive, sa doctrine scientifique et son objet final.