Note 354 — LIVRE II. LA RENAISSANCE.
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C'est dans ce cortége d'érudits, de songeurs et de chercheurs que paraît le plus compréhensif, le plus sensé, le plus novateur des esprits du siècle, François Bacon; ample et éclatant esprit, l'un des plus beaux de cette lignée poétique, et qui, comme ses devanciers, se trouva par nature enclin à recouvrir ses idées de la plus magnifique parure; une pensée ne semblait achevée en cet âge que lorsqu'elle avait pris un corps et une couleur. Mais ce qui distingue celui-ci des autres, c'est que chez lui l'image ne fait que concentrer la méditation. Il a réfléchi longuement, il a imprimé en lui-même toutes les portions et toutes les liaisons de son sujet; il le possède, et à ce moment, au lieu d'étaler cette conception si pleine en une file de raisonnements gradués, il l'enferme sous une comparaison si expressive, si exacte, si transparente, qu'à travers la figure on aperçoit tous les détails de l'idée, comme une liqueur dans un vase de beau cristal. Jugez de son style par un seul exemple: «Comme l'eau, dit-il, soit qu'elle vienne de la rosée du ciel, soit qu'elle sorte des sources de la terre, se disperse et se perd dans le sol, à moins qu'elle ne soit rassemblée dans quelque réceptacle où par son union elle peut se conserver et s'entretenir, d'où il est arrivé que l'industrie de l'homme a construit et disposé des bassins, des conduits, des citernes et des étangs que l'on s'est accoutumé à parer et à embellir pour la magnificence et l'apparat, comme pour l'usage et la nécessité; ainsi la science, soit qu'elle descende de l'inspiration divine, soit qu'elle jaillisse de l'observation humaine, périrait bientôt et s'évanouirait dans l'oubli, si elle n'était point conservée dans des livres, dans des traditions, dans des assemblées, dans des endroits disposés comme les universités, les écoles et les colléges, pour sa réception et son entretien[354].» C'est de cette façon qu'il pense, par des symboles, non par des analyses; au lieu d'expliquer son idée, il la transpose et la traduit, et il la traduit entière, jusque dans ses moindres parcelles, enfermant tout dans la majesté d'une période grandiose ou dans la brièveté d'une sentence frappante. De là un style[355] d'une richesse, d'une gravité, d'une force admirables, tantôt solennel et symétrique, tantôt serré et perçant, toujours étudié et coloré. Il n'y a rien dans la prose anglaise de supérieur à sa diction.