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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Note 353 — LIVRE II. LA RENAISSANCE.

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Voilà presque des paroles de poëte, et c'est justement cette imagination de poëte qui le pousse en avant dans la science[353]. En présence des productions naturelles, il fourmille de conjectures, de rapprochements; il tâtonne à l'entour, proposant des explications, essayant des expériences, portant ses divinations comme autant de palpes flexibles et frémissantes aux quatre coins du monde, dans les plus lointaines régions de la fantaisie et de la vérité. En regardant les croûtes arborescentes et foliacées qui se forment à la surface des liqueurs qui gèlent, il se demande si ce n'est point une résurrection des essences végétales dissoutes dans le liquide. À la vue du sang ou du lait qui caille, il cherche s'il n'y a point là quelque chose d'analogue à la formation de l'oiseau dans l'œuf, ou à cette coagulation du chaos qui a enfanté notre monde. En présence de la force insaisissable qui fait geler les liquides, il se demande si les apoplexies et les cataractes ne sont pas l'effet d'une puissance semblable et n'indiquent pas aussi la présence d'un esprit congélateur. Il est devant la nature comme un artiste, un écrivain en présence d'un visage vivant, notant chaque trait, chaque mouvement de physionomie pour parvenir à deviner les passions et le caractère intérieur, corrigeant et défaisant sans cesse ses interprétations, tout agité par l'idée des forces invisibles qui opèrent sous l'enveloppe visible. Tout le moyen âge et l'antiquité avec leurs théories et leurs imaginations, platonisme, cabale, théologie chrétienne, formes substantielles d'Aristote, formes spécifiques de l'alchimie, toutes les spéculations humaines enchevêtrées et transformées l'une dans l'autre se rencontrent à la fois dans sa tête pour lui ouvrir des percées sur ce monde inconnu. L'amas, l'entassement, la confusion, la fermentation et le fourmillement intérieur, mêlé de vapeurs et d'éclairs, le tumultueux encombrement de son imagination et de son esprit, l'oppressent et l'agitent. Dans cette attente et dans cette émotion, sa curiosité se prend à tout; à propos du moindre fait, du plus spécial, du plus archaïque, du plus chimérique, il conçoit une file d'investigations compliquées, calculant comment l'arche a pu contenir toutes les créatures avec leur provision d'aliments; comment Perpenna, dans son festin, rangea les invités afin de pouvoir frapper Sertorius, son hôte; quels arbres ont pu bien pousser au bord de l'Achéron, à supposer qu'il y en ait eu; si les plantations en quinconce n'ont pas leur origine dans le paradis terrestre, et si les nombres et les figures géométriques contenues dans le losange ne se rencontrent pas dans tous les produits de la nature et de l'art. Vous reconnaissez ici l'exubérance et les bizarres caprices d'une végétation intérieure trop ample et trop forte. Archéologie, chimie, histoire, nature, il n'y a rien qui ne l'intéresse jusqu'à la passion, qui ne fasse déborder sa mémoire et son invention, qui n'éveille en lui l'idée de quelque force, certainement admirable, peut-être infinie. Mais ce qui achève de le peindre, et ce qui annonce l'approche de la science, c'est que son imagination se fait contre-poids à elle-même. Il est fertile en doutes autant qu'en explications. S'il voit les mille raisons qui poussent dans un sens, il voit aussi les mille raisons qui poussent dans le sens contraire. Aux deux bouts du même fait il entasse jusqu'aux nuages, mais en piles égales, l'échafaudage des arguments contradictoires. La conjecture faite, il sait qu'elle n'est qu'une conjecture, il s'arrête, finit sur un peut-être, conseille de vérifier. Ses écrits ne sont que des opinions qui se donnent pour des opinions; même le principal est une réfutation des erreurs populaires. En somme, il fait des questions, suggère des explications, suspend ses réponses; rien de plus, et c'est assez; quand la recherche est si ardente, quand les voies où elle se répand sont si nombreuses, quand elle est aussi scrupuleuse à s'assurer de sa prise, l'issue de la chasse est sûre; on est à deux pas de la vérité.

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