Note 351 — LIVRE II. LA RENAISSANCE.
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Quel sujet prend il? La mélancolie[351], son propre état d'esprit, et il le prend en homme d'école. Nul traité de saint Thomas, n'est plus régulièrement construit que le sien. Ce torrent d'érudition vient se distribuer en canaux géométriquement tracés qui divergent à angles droits sans dévier d'une seule ligne. En tête de chaque partie vous apercevez un tableau synoptique et analytique, avec tirets, accolades, chaque division engendrant des subdivisions, chaque subdivision engendrant des sections, chaque section engendrant des sous-sections: de la maladie en général, de la mélancolie en particulier, de sa nature, de son siége, de ses espèces, de ses causes, de ses symptômes, de son pronostic; de la cure par moyens permis, par moyens défendus, par moyens diététiques, par moyens pharmaceutiques: selon la méthode scolastique, il descend du général au particulier, et dispose chaque émotion et chaque idée dans une case numérotée. Dans ce cadre fourni par le moyen âge, il entasse tout, en homme de la Renaissance, la peinture littéraire des passions et la description médicale de l'aliénation mentale, les détails d'hôpital avec la satire des sottises humaines, les documents physiologiques à côté des confidences personnelles, les recettes d'apothicaire avec les conseils moraux, les remarques sur l'amour avec l'histoire des évacuations. Le triage des idées n'a pas encore été fait: médecin et poëte, lettré et savant, l'homme est tout à la fois; fauté de digues, les idées viennent comme des liqueurs différentes se déverser dans la même cuve avec des pétillements et des bouillonnements étranges, avec une odeur déplaisante et des effets baroques. Mais la cuve est pleine, et de ce mélange naissent des composés puissants que nul âge n'avait encore connus.