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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Note 349 — LIVRE II. LA RENAISSANCE.

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Deux écrivains surtout manifestent cet état d'esprit, le premier, Robert Burton, ecclésiastique et solitaire d'Université, qui passa sa vie dans les bibliothèques et feuilleta toutes les sciences, aussi érudit que Rabelais, d'une mémoire inépuisable et débordante; inégal d'ailleurs, doué de verve et gai par saccades, mais le plus souvent triste et morose, jusqu'à confesser dans son épitaphe que la mélancolie a fait sa vie et sa mort; avant tout original, amateur de son propre sens et l'un des premiers modèles de ce singulier tempérament anglais qui, retirant l'homme en lui-même, développe en lui tantôt l'imagination, tantôt le scrupule, tantôt la bizarrerie, et fait de lui, selon les circonstances, un poëte, un excentrique, un humoriste, un fou ou un puritain. Trente ans durant il a lu, il s'est mis une encyclopédie dans la tête, et maintenant pour s'amuser et se décharger, il prend un in-folio de papier blanc. Vingt vers d'un poëte, douze lignes d'un traité sur l'agriculture, une colonne d'in-folio sur les armoiries, la description des poissons rares, un paragraphe d'un sermon sur la patience, le compte des accès de fièvre dans l'hypocondrie, l'histoire de la particule que, un morceau de métaphysique, voilà ce qui a passé dans son cerveau en un quart d'heure: c'est un carnaval d'idées et de phrases grecques, latines, allemandes, françaises, italiennes, philosophiques, géométriques, médicales, poétiques, astrologiques, musicales, pédagogiques, entassées les unes sur les autres, pêle-mêle énorme, prodigieux fouillis de citations entre-croisées, de pensées heurtées, avec la vivacité et l'entrain d'une fête de fous. «J'apprends, dit-il, de nouvelles nouvelles tous les jours,—et les rumeurs ordinaires de guerre, pestes, incendies, inondations, vols, meurtres, massacres, météores, comètes, spectres, prodiges, apparitions, villes prises, cités assiégées en France, en Germanie, en Turquie, en Perse, en Pologne, etc.; les levées et préparatifs journaliers de guerre et autres choses semblables qu'amène notre temps orageux, batailles livrées, tant d'hommes tués, monomachies, naufrages, pirateries, combats sur mer, paix, ligues, stratagèmes et nouvelles alarmes,—une vaste confusion de vœux, désirs, actions, édits, pétitions, procès, défenses, proclamations, plaintes, griefs,—sont chaque jour apportés à nos oreilles.—De nouveaux livres chaque jour, pamphlets, nouvelles, histoires, catalogues entiers de volumes de toute sorte, paradoxes nouveaux, opinions, schismes, hérésies, controverses en philosophie, en religion, etc. Puis viennent des nouvelles de mariages, mascarades, fêtes, jubilés, ambassades, joutes et tournois, trophées, triomphes, galas, jeux, pièces de théâtre. Aujourd'hui nous apprenons qu'on a créé de nouveaux seigneurs et officiers, demain qu'il y a des grands déposés, puis que de nouveaux honneurs ont été conférés. L'un est mis en liberté, l'autre est emprisonné. L'un achète, l'autre ne peut payer; celui-ci fait fortune; son voisin fait, banqueroute. Ici l'abondance, là la cherté et la famine. L'un court, l'autre chevauche, querelle, rit, pleure, etc. Ainsi tous les jours j'apprends des nouvelles publiques et privées[349].»—«Quel monde de livres ne s'offre pas, en tous les sujets, arts et sciences, pour le contentement et selon la capacité du lecteur? En arithmétique, géométrie, perspective, optique, astronomie, architecture, sculptura, pictura, sciences sur lesquelles on a dernièrement écrit tant de traités si élaborés; dans la mécanique et ses mystères, dans l'art de la guerre, de la navigation, de l'équitation, de l'escrime, de la natation, des jardins, de la culture des arbres; de grands volumes sur l'économie domestique, la cuisine, l'art d'élever des faucons, de chasser, de pêcher, de prendre les oiseaux, etc.; avec des peintures exactes de tous les jeux, exercices; que n'y a-t-il pas? En musique, métaphysique, philosophie naturelle et morale, philologie, politique, chronologie, dans les généalogies, dans le blason, etc.: il y a de grands volumes ou ces traités des anciens, etc. Et quid subtilius arithmeticis inventionibus? Quid jucundius musicis rationibus? Quid divinius astronomicis? Quid rectius geometricis demonstrationibus? Quel plus grand plaisir que de lire ces fameuses expéditions de Christophe Colomb, Améric Vespuce, Marc-Paul le Vénitien, Vertomannus, Aloysius Cadamustus, etc.? ces journaux exacts des Portugais, des Hollandais, de Bartison, d'Olivier à Nort, etc.? les voyages d'Hakluit, les décades de Pierre Martyr, les récits de Linschoten, les Hodœporicons de Jodocus à Meggen, de Brocarde le Moine, de Bredenbachius, de Sands, de J. Dubinius à Jérusalem, en Égypte et autres endroits reculés du monde? ces agréables itinéraires de Paulus Hentzerus, de Jocodus Sincerus, de Dux Polonus, etc.? ces parties de l'Amérique, curieusement dessinées et gravées par les frères A. Bry? de voir un herbier gravé, les herbes, les arbres, les fleurs, les plantes, tous les végétaux représentés, avec les couleurs naturelles de la vie, comme dans Matthiolus sur Dioscorides, Delacampius, Lobel, Bauhinus, et ce dernier herbier volumineux et énorme de Besler de Nuremberg, où presque toute plante est figurée avec sa vraie grandeur? devoir les oiseaux, les bêtes, les poissons de la mer, les araignées, les moucherons, les serpents, les mouches, etc., toutes les créatures figurées par le même art et représentées exactement en vives, couleurs, avec une fidèle description de leurs natures, vertus et qualités, etc., comme l'ont fait soigneusement Ælien, Gesner, Ulysse Aldrovandus, Bellonus, Rondoletius, Hippolytus Salvianus, etc.[350]?» Il ne finit pas; les mots, les phrases regorgent, s'accumulent, se recouvrent, et roulent emportant le lecteur assourdi, étourdi, demi-noyé, incapable de trouver terre au milieu de ce déluge. Burton est intarissable. Il n'est point d'idées qu'il ne répète sous cinquante formes; quand il a épuisé les siennes, il verse sur nous celles des autres; les classiques, les auteurs plus rares, connus seulement des savants, les auteurs plus rares encore, connus seulement des érudits, il prend chez tous. Sous ces profondes cavernes d'érudition et de science, il en est une plus noire et plus inconnue que toutes les autres, comblée d'auteurs ignorés, de noms rébarbatifs, Besler de Nuremberg, Adricomius, Linschoten, Brocarde, Bredenbachius. Parmi tous ces monstres antédiluviens, hérissés de terminaisons latines, il est à son aise; il se joue, il rit, il saute de l'un sur l'autre, il les mène de front. Il a l'air du vieux Protée, hardi coureur, qui en une heure, sur son attelage d'hippopotames, fait le tour de l'Océan.

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