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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Note 329 — LIVRE II. LA RENAISSANCE.

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Enfin il rencontre le sujet qui lui convient: c'est le plus grand bonheur qui soit donné à un artiste. Il retire l'épopée du terrain ordinaire, celui où, sous la main d'Homère et de Dante, elle exprime des croyances effectives et peint des héros nationaux. C'est au plus haut du pays des fées qu'il nous conduit, par-dessus toutes les cimes de l'histoire. C'est plus haut que le pays des fées, à cette limite extrême où les objets s'évanouissent et où les pures idées commencent. «J'ai entrepris mon poëme[329], dit-il, pour représenter toutes les vertus morales, assignant à chaque vertu un chevalier pour être son patron et son défenseur, en telle sorte que les œuvres de cette vertu soient exprimées et que les appétits déréglés et les vices contraires soient abattus et surmontés par des faits d'armes et de chevalerie.» En effet, au fond du poëme il met une allégorie; non qu'il songe à se faire bel esprit, prêcheur de morale ou faiseur d'énigmes. Il ne soumet pas l'image à l'idée; c'est un voyant, ce n'est pas un philosophe. Ce sont bien des personnages vivants, des actions qu'il remue; seulement, de loin en loin, chez lui, les palais enchantés, tout le cortége des resplendissantes apparitions tremble et se déchire comme une vapeur, laissant entrevoir la pensée qui le suscite et qui l'ordonne. Quand dans son jardin de Vénus nous voyons les formes infinies de toutes les choses vivantes rangées par ordre, en lits pressés, attendant l'être, nous concevons avec lui l'enfantement de l'amour universel, la fécondité incessante de la grande mère et le fourmillement mystérieux des créatures qui s'élèvent tour à tour hors de son sein profond. Quand nous voyons son chevalier de la Croix combattre un monstre demi-femme, demi-serpent, et défendre Una, sa dame chérie, nous nous souvenons vaguement que si nous pénétrions à travers ces deux figures, nous trouverions sous l'une la Vérité et sous l'autre l'Erreur. Nous sentons que ses personnages ne sont point de chair et de sang, et que tous ces fantômes brillants ne sont que des fantômes. Nous jouissons de leur éclat sans croire à leur consistance; nous nous intéressons à leurs actions sans nous troubler de leurs maux. Nous savons que leurs larmes et leurs cris ne sont pas véritables. Notre émotion se purifie et s'élève. Nous ne tombons point dans l'illusion grossière; nous avons la douceur de nous sentir rêver. Nous sommes, comme lui, à mille lieues de la vie réelle, hors des prises de la pitié douloureuse, de la terreur crue, de la haine pressante et poignante. Nous ne trouvons plus en nous que des sentiments délicats, demi-formés, suspendus au moment où ils allaient nous toucher d'une atteinte trop forte. Ils nous effleurent, et nous nous trouvons tout heureux d'être dégagés de la croyance qui nous alourdit.

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