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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Note 325 — LIVRE II. LA RENAISSANCE.

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Plusieurs fois il a tâtonné alentour, parmi des sonnets, des élégies, des pastorales, des hymnes d'amour, de petites épopées souriantes[325]; ce ne sont là que des essais, incapables pour la plupart de porter son génie. Déjà pourtant la magnifique imagination y déborde; dieux, hommes, paysages, le monde qu'il fait mouvoir est à mille lieues du monde où nous vivons. Son Calendrier du Berger[326] est une pastorale pensive et tendre, pleine de délicates amours, de nobles tristesses, de hautes idées, où ne parlent que des penseurs et des poëtes. Ses Visions de Pétrarque et de Du Bellay sont d'admirables songes, où des palais, des temples d'or, des paysages splendides, des fleuves étincelants, des oiseaux merveilleux apparaissent coup sur coup comme dans une féerie orientale. S'il chante un épithalame[327], il voit venir deux beaux cygnes, blancs comme la neige, qui glissent, aux chants des nymphes, parmi les fleurs vermeilles, tandis que l'eau transparente baise leurs plumes de soie et murmure de plaisir. S'il pleure la mort de Sidney, Sidney devient un berger; il est tué comme Adonis; autour de lui s'assemblent les nymphes gémissantes. Il est changé, avec sa maîtresse, en une fleur «rouge et bleue, qui est d'abord rouge, puis qui pâlit comme lui et devient bleue. Alors, au milieu d'elle paraît une étoile, aussi belle qu'étoile aux cieux, pareille à Stella dans ses plus fraîches années, quand ses yeux dardaient des rayons de beauté. Tout le jour elle est debout, pleine de rosée; ce sont les larmes qui coulèrent de ses yeux[328].» Ses sentiments les plus vrais se changent ainsi en féeries. La magie est le moule de son esprit, et imprime sa forme à tout ce qu'il imagine comme à tout ce qu'il pense. Involontairement il ôte aux objets leur figure ordinaire. S'il regarde un paysage, au bout d'un instant il le voit tout autre. Il le transporte, sans s'en douter, dans une terre enchantée; l'azur du ciel resplendit comme un dôme de diamants, des buissons de fleurs couvrent les prairies, un peuple d'oiseaux voltige dans l'air suave, des palais de jaspe resplendissent entre les arbres, des dames rayonnantes apparaissent aux balcons ouvragés sur les galeries d'émeraudes. Ce sourd travail de l'esprit ressemble aux lentes cristallisations de la nature. On jette une branche humide au fond d'une mine, et on en retire une girandole de diamants.

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