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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Note 320 — LIVRE II. LA RENAISSANCE.

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Il était d'une ancienne famille, alliée à de grandes maisons, ami de Sidney et de Raleigh, les deux chevaliers les plus accomplis du siècle, chevalier lui-même, du moins de cœur, ayant trouvé dans sa parenté, dans ses amitiés, dans ses études et dans sa vie toutes les circonstances qui pouvaient l'élever jusqu'à la poésie idéale. Tour à tour on le trouve à Cambridge, où il se pénètre des plus nobles philosophies antiques; dans un comté du Nord où il se prend d'un grand amour malheureux; à Penshurst, dans le château et la compagnie où est née l'Arcadie; chez Sidney, en qui subsistent intactes la poésie romanesque et la générosité héroïque de l'esprit féodal; à la cour, où toutes les magnificences de la chevalerie disciplinée et parée s'étalent autour du trône; enfin à Kilcolman, au bord d'un beau lac, dans un château retiré d'où la vue embrasse un amphithéâtre de montagnes et la moitié de l'Irlande. Pauvre du reste, impropre à la cour, et, quoique favorisé par la reine, n'ayant obtenu de ses patrons que des emplois subalternes, à la fin lassé par les sollicitations et relégué dans ce dangereux domaine d'Irlande, d'où la révolte le chassa, brûlant sa maison et son enfant; trois mois après, il mourut de misère et le cœur brisé[320]. Des attentes et des rebuts, beaucoup de tristesses et beaucoup de rêves, quelques douceurs et tout d'un coup un malheur affreux, une fortune petite et une fin prématurée: voilà bien une vie de poëte. Mais c'est le cœur en lui qui est le vrai poëte; chez lui tout sort de là; les circonstances n'ont fait que lui fournir sa matière; il les a transformées plus qu'il n'a été transformé par elles, et il a moins reçu que donné. Philosophie et paysages, cérémonies et parures, splendeurs de la campagne et de la cour, dans tout ce qu'il a peint ou pensé, il a imprimé sa noblesse intérieure. Avant tout, c'est une âme éprise de la beauté sublime et pure, platonicienne par excellence, une de ces âmes exaltées et délicates, les plus charmantes de toutes, qui, nées au sein du naturalisme, y puisent leur séve, mais le dépassent, approchent du mysticisme, et par un effort involontaire montent pour s'épanouir jusqu'aux confins d'un monde plus haut. Spenser conduit à Milton et de là au puritanisme, comme Platon conduit à Virgile et de là au christianisme. La beauté sensible est parfaite chez tous les deux, mais leur premier culte est pour la beauté morale. «Conduisez-moi, dit-il aux Muses, dans la retraite cachée où la Vertu habite avec vous, berceau d'argent qui la cache aux hommes et aux méchants mépris du monde.» Il encourage son chevalier quand il le voit faiblir. Il s'indigne quand il le voit attaqué. Il se réjouit de son équité, de sa tempérance, de sa courtoisie. Il insère au commencement d'un chant de longues stances en l'honneur de l'amitié et de la justice. Il s'arrête, après avoir raconté un beau trait de chasteté, pour conseiller aux dames d'être pudiques. Il prodigue aux pieds de ses héroïnes le trésor de ses respects et de ses tendresses. Si quelque brutal les insulte, il appelle à leur secours toute la nature et tous les dieux. Jamais il ne les ramène sur la scène sans orner leur nom de quelque magnifique louange. Auprès de la beauté, il a des adorations dignes de Dante et de Plotin. C'est qu'il ne la considère point comme une simple harmonie de couleurs et de formes, mais comme une émanation de la beauté unique, céleste, impérissable, que nul œil mortel ne peut apercevoir, et qui est la première œuvre du grand ouvrier des mondes[321]. Les corps ne font que la rendre sensible; elle ne réside point dans les corps; la grâce et l'attrait ne sont point dans les choses, mais dans l'idée immortelle qui luit à travers les choses. «Cette charmante teinte blanche et vermeille dont les joues sont colorées s'effacera.—Ces douces feuilles de rose si doucement posées—sur les lèvres se flétriront et tomberont—pour redevenir ce qu'elles étaient, de l'argile corrompue.—Ces cheveux d'or, ces yeux brillants comme des étoiles étincelantes—retourneront en poussière et perdront leur clarté si belle.—Mais la divine lampe dont les célestes rayons—allument l'amour des amants—ne s'éteindra et ne faiblira jamais.—Quand les esprits vitaux se disperseront,—elle reviendra à sa planète natale.—Car elle est née là-haut et ne peut mourir,—étant une parcelle du plus pur des cieux[322].» Devant cette idée de la beauté, l'amour se transforme. Il est le seigneur de la vérité et de la droiture,—«et monte bien loin de la basse poussière,—sur des ailes d'or, jusque dans l'empyrée sublime—au delà des atteintes de l'ignoble désir sensuel,—qui, comme une taupe, reste gisant sur la terre[323].» Il enferme en lui tout ce qu'il y a de bien, de beau et de noble. Il est la source première de la vie et l'âme éternelle des choses. C'est lui qui, apaisant la discorde primitive, a formé l'harmonie des sphères et soutient ce glorieux univers. Il habite en Dieu, il est Dieu lui-même, il est descendu ici-bas sous forme corporelle pour réparer le monde chancelant et sauver la race humaine; autour des êtres, et au dedans des êtres, quand nos yeux percent les apparences, nous le voyons comme une lumière vivante qui pénètre et embrasse toute créature. On touche ici le sommet sublime et aigu où le monde de l'esprit et le monde des sens se rencontrent, et où l'homme, cueillant des deux mains les plus belles fleurs des deux versants, se trouve à la fois païen et chrétien.

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