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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Note 314 — LIVRE II. LA RENAISSANCE.

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Quand la puissance d'embellir est si grande, il est naturel qu'on peigne le sentiment qui réunit toutes les joies et où aboutissent tous les rêves, l'amour idéal, surtout l'amour ingénu et heureux. De tous les sentiments, il n'y en a pas pour qui nous ayons plus de sympathie. Il est de tous le plus simple et le plus doux. Il est le premier mouvement du cœur et la première parole de la nature. Il ne se compose que d'innocence et d'abandon. Il est exempt de réflexions et d'efforts. Il nous fait quitter nos passions compliquées, nos mépris, nos regrets, nos haines, nos espérances violentes. Il pénètre en nous et nous le respirons comme la fraîche haleine d'un vent matinal qui vient de passer sur des champs en fleur. Ils le sentaient et s'en enchantaient, les cavaliers de cette cour périlleuse, et se reposaient ainsi, par contraste, de leurs actions et de leurs dangers. Les plus sévères et les plus tragiques de leurs poëtes se sont détournés pour aller à sa rencontre, Shakspeare parmi les chênes toujours verts de la forêt d'Ardennes[314], Ben Jonson[315] dans les bois de Sherwood, parmi les larges clairières coupées d'ombre, parmi les feuilles luisantes et les fleurs humides qui frissonnent au bord des sources solitaires. Marlowe lui-même, le terrible peintre de l'agonie d'Édouard II, l'emphatique et puissant poëte qui composa Faust, Tamerlan et le Juif de Malte, quitte ses drames sanglants, son grand vers tonnant, ses furieuses images, et rien n'est plus musical et plus doux que ses chansons. Le berger, pour gagner sa maîtresse, lui promet «un chapeau de fleurs, une jupe toute brodée de feuilles de myrte, une ceinture tressée de paille et de bourgeons de lierre, avec des boutons d'ambre et des fermoirs de corail[316].» Ils iront ensemble dans les vallées, sur les pentes des montagnes rocheuses. Les pâtres, chaque matin de mai, viendront danser autour d'elle, et tous deux, assis sur une roche, contempleront de loin les troupeaux qui broutent l'herbe, et «les rivières étroites» qui tombent et bruissent parmi des chants d'oiseaux. Les rudes gentilshommes du temps, en revenant de la chasse du faucon, s'étaient plus d'une fois arrêtés devant ces tableaux rustiques; tels qu'ils étaient, c'est-à-dire imaginatifs et peu citadins, ils avaient songé à y figurer pour leur compte. Mais en les comprenant, ils les refaisaient; ils les refaisaient dans leurs parcs préparés pour l'entrée de la reine, avec une profusion de parures et d'inventions, sans s'inquiéter d'y copier exactement la grossière nature. L'invraisemblance ne les choquait pas; ce n'étaient pas des imitateurs minutieux, des observateurs de mœurs; ils créaient; la campagne, pour eux, n'était qu'un cadre, et le tableau tout entier était sorti de leurs rêves et de leur cœur. Qu'il soit romanesque, impossible même, ce tableau n'en est que plus charmant. Y a-t-il un plus grand charme que de laisser là ce monde réel qui nous entrave ou nous opprime, de flotter vaguement et aisément dans l'azur et la lumière, au plus haut du pays des fées et des nuages, d'arranger les choses au gré du moment, de ne plus sentir les pesantes lois, les contours roides et résistants de la vie, de tout orner et varier selon les caprices et les délicatesses de la fantaisie? Voilà ce qui arrive dans ces petits poëmes. Ordinairement les événements ne s'y passent nulle part; du moins ils se passent dans le royaume où les rois se font bergers et volontiers épousent des bergères. La belle Argentile[317] est retenue à la cour de son oncle qui veut la priver de son royaume, et après deux ans lui ordonne d'épouser Curan, un rustre de sa maison; elle s'enfuit, et Curan, désespéré, s'en va vivre chez les pâtres. Il rencontre un jour une belle paysanne et l'aime; peu à peu, en lui parlant, il se rappelle Argentile et pleure; il décrit son doux visage, sa taille ployante, ses fins poignets veinés d'azur, et tout d'un coup voit la paysanne qui défaille. Elle se jette dans ses bras et lui dit: «Je suis Argentile.» Or Curan était un fils de roi qui s'était déguisé ainsi pour l'amour d'Argentile. Il reprend les armes, défait le méchant roi. Il n'y eut point de plus fort chevalier que lui, et tous deux régnèrent longtemps en Bernicie.—Entre cent contes pareils, vrais contes de printemps, que le lecteur me permette d'en détacher encore un, riant et simple comme une aube de mai[318]. La princesse, Dowsabell est descendue au matin dans le jardin de son père; elle cueille des chèvrefeuilles, des primevères, des violettes, des marguerites. En ce moment, derrière la haie, elle entend un pâtre qui chante, qui chante si bien, que tout d'un coup elle l'aime. Il lui promet fidélité et lui demande un baiser. Les joues de la belle promeneuse devinrent vermeilles comme la rose. «Elle plia son genou blanc comme la neige,—et tout à côté de lui s'agenouilla,—puis elle le baisa doucement.—Le berger poussa un grand cri de joie.—Oh! fit-il, il n'y eut jamais de pastoureau—qui fût si content que moi[319]!» Rien de plus; n'est-ce pas assez? Il n'y a ici que le rêve d'un moment, mais ils ont à chaque moment de semblables rêves. Jugez quelle poésie en doit sortir, combien supérieure aux choses, combien affranchie de l'imitation littérale, combien éprise de la beauté idéale, combien capable de se bâtir un monde hors de notre triste monde; en effet, entre tous ces poëmes, il y en a un véritablement divin, si divin que les raisonneurs des âges suivants l'ont trouvé ennuyeux, qu'aujourd'hui encore c'est à peine si quelques-uns l'entendent, la reine des fées de Spenser.

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