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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Note 310 — LIVRE II. LA RENAISSANCE.

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Quoi de plus vivant, de plus éloigné de la mythologie compassée et artificielle? Comme Théocrite et Moschus, ils jouent avec leurs dieux riants, et de leurs croyances se font une fête; un jour, au coin d'un bois, Cupidon rencontre une nymphe endormie. «Ses cheveux d'or couvraient son visage.—Ses bras nonchalants étaient jetés des deux côtés.—Son carquois lui servait d'oreiller,—et son sein nu était ouvert à tous les vents[310].» Il s'approche doucement, lui ôte ses flèches, et met les siennes à la place. Elle, enfin, entend du bruit, soulève sa tête penchée et voit un berger qui vient à elle. Elle fuit, il la poursuit. Elle bande son arc et tire contre lui ses flèches. Il n'en devient que plus ardent et va l'atteindre. Désespérée, elle prend une flèche qu'elle enfonce dans son beau corps. La voilà changée, elle s'arrête, elle sourit, elle aime, elle va au-devant de lui. «Les montagnes ne peuvent point se rencontrer, mais les amants le peuvent.—Ce que font les autres amants, ils le firent.—Le dieu d'amour s'était posé sur un arbre,—et riait en voyant ce doux spectacle[311].» Une goutte de malice est tombée dans ce mélange de naïveté et de grâce voluptueuse; il en est ainsi dans Longus et dans tout ce bouquet délicieux qu'on appelle l'Anthologie; ce n'est point le badinage sec de Voltaire, des gens qui n'ont que de l'esprit, et qui n'ont vécu que dans les salons; c'est celui des artistes, des amoureux qui ont le cerveau plein de couleurs, de formes, qui, en disant une mièvrerie, imaginent un col penché, des yeux baissés, et la rougeur qui monte à des joues vermeilles[312]. Une de ces belles vient dire des vers en minaudant, et comme on voit d'ici le pli boudeur de sa lèvre! «L'amour dans mon cœur comme une abeille—fait son miel.—Tantôt il joue avec moi avec ses ailes,—tantôt avec ses pieds.—Dans mes yeux il fait sa demeure;—son lit est dans mon sein.—Mes baisers sont tous les jours son régal.—Et pourtant il me vole mon repos.—Ah! le méchant qui me vole!» Ce qui relève ces badinages, c'est la splendeur de l'imagination. Il y a des éclats, des éclairs qu'on n'ose traduire, des éblouissements et des folies, comme dans le Cantique des Cantiques. «Ses lèvres, dit Greene, sont des roses toutes trempées dans la rosée,—ou pareilles à la pourpre de la fleur du narcisse.—Ses yeux, ces beaux yeux, ressemblent aux pures clartés—qui animent le soleil ou égayent le jour.—Ses joues sont comme des lis épanouis plongés dans le vin,—ou comme des grains de belles grenades trempés dans le lait,—ou comme des fils de neige dans des réseaux de soie cramoisie,—ou comme des nuages splendides au coucher du soleil.»—«Quel besoin de comparer là où la beauté surpasse toute ressemblance?—Celui qui va prendre dans les choses inanimées ses pensées d'amour—dépare leur pompe et leur plus grande gloire,—et ne monte dans le ciel de l'amour qu'avec des ailes appesanties[313].» Je veux bien croire qu'alors les choses n'étaient point plus belles qu'aujourd'hui; mais je suis sûr que les hommes les trouvaient plus belles.

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