Note 308 — LIVRE II. LA RENAISSANCE.
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Dans la vie de chaque homme il y a des moments où, en présence des choses, il éprouve un choc. Cet amas d'idées, de souvenirs tronqués, d'images ébauchées qui gisent obscurément dans tous les coins de son esprit, s'ébranle, s'organise, et tout d'un coup se développe comme une fleur. Il en est ravi, il ne peut s'empêcher de regarder et d'admirer la charmante créature qui vient d'éclore; il veut la voir encore, en voir de pareilles, et ne songe point à autre chose. Il y a des moments pareils dans la vie des nations, et celui-ci en est un. Ils sont heureux de contempler de belles choses et souhaitent seulement qu'elles soient le plus belles possible. Ils ne sont point préoccupés, comme nous, de théories; ils ne se travaillent point pour exprimer des idées philosophiques ou morales. Ils veulent jouir par l'imagination, par les yeux, comme ces nobles d'Italie qui en ce moment sont tellement épris des belles couleurs et des belles formes, qu'ils couvrent de peintures non-seulement leurs appartements et leurs églises, mais encore les dessus de leurs coffres et les selles de leurs chevaux. La riche et verte campagne au soleil, les jeunes femmes parées, florissantes de santé et d'amour, les dieux et les déesses à demi nus, chefs-d'œuvre et modèles de la force et de la grâce, voilà les plus beaux objets que l'homme puisse contempler, les plus capables de contenter ses sens et son cœur, d'éveiller en lui le sourire et la joie, et voilà les objets qui apparaissent chez tous les poëtes, dans la plus merveilleuse abondance de chansons, de pastorales, de sonnets, de petites pièces fugitives, si vivantes, si délicates, si aisément épanouies, que depuis on n'a rien vu d'égal. Qu'importe que Vénus ou Cupidon aient perdu leurs autels? Comme les peintres contemporains d'Italie, ils imaginent volontiers un bel enfant nu, traîné sur un char d'or, au milieu de l'air limpide, ou une femme éclatante de jeunesse debout sur les vagues qui viennent baiser ses pieds de neige. Le rude Ben Jonson est ravi de ce spectacle. Le bataillon discipliné de ses vers robustes se change en une bande de petites strophes gracieuses qui courent aussi légèrement que des enfants de Raphaël[308]. Il voit venir sa dame assise sur le char de l'Amour que tirent des cygnes et des colombes. L'Amour conduit le char; elle passe sereine et souriante, et tous les cœurs charmés de ses divins regards ne souhaitent plus d'autre joie que de la voir et de la servir toujours: