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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Note 261 — LIVRE II. LA RENAISSANCE.

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Plus près de lui est un autre paganisme, celui de l'Italie, plus séduisant parce qu'il est moderne et fait couler une nouvelle séve dans le tronc antique, plus attrayant parce qu'il est plus sensuel et présente, avec le culte de la force et du génie, le culte du plaisir et de la volupté. Les rigoristes le savent bien et s'en scandalisent: «Les enchantements de Circé, écrit Ascham, ont été apportés d'Italie pour gâter les mœurs des gens en Angleterre; beaucoup par des exemples de mauvaise vie, mais surtout par les préceptes des mauvais livres traduits dernièrement d'italien en anglais et vendus dans toutes les boutiques de Londres. Il y a plus de ces livres profanes[261] imprimés ces derniers mois qu'on n'en a vu depuis plusieurs vingtaines d'années en Angleterre. Aussi maintenant ils ont plus de respect pour les triomphes de Pétrarque que pour la Genèse de Moïse, et font plus de cas d'un conte de Boccace que d'une histoire de la Bible.» En effet, en ce moment, l'Italie a visiblement la primauté en toutes choses, et l'on y va puiser la civilisation comme à la source. Quelle est-elle cette civilisation qui s'impose ainsi à l'Europe, d'où part toute science et toute élégance, qui fait loi dans toutes les cours, où Surrey, Sidney, Spenser, Shakspeare vont chercher leurs exemples et leurs matériaux? Elle est païenne de fonds et de naissance, par sa langue qui n'est qu'un latin à peine déformé, par ses traditions et ses souvenirs latins que nulle lacune n'est venue interrompre, par sa constitution où l'antique vie urbaine a d'abord primé et absorbé la vie féodale, par le génie de la race, où la vigueur et la joie ont toujours surabondé. Plus d'un siècle avant les autres, dès Pétrarque, Rienzi et Boccace, les Italiens ont commencé à retrouver l'antiquité perdue, à «délivrer les manuscrits enfouis dans les cachots de France et d'Allemagne,» à les restaurer, à interpréter, commenter, repenser les anciens, à se faire latins de cœur et d'esprit, a composer en prose et en vers avec l'urbanité de Cicéron et de Virgile, à considérer les belles conversations et les jouissances de l'esprit comme l'ornement et la plus exquise fleur de la vie[262]. Ce ne sont pas seulement les dehors de la vie antique qu'ils s'approprient, c'en est le fonds, j'entends la préoccupation de la vie présente, l'oubli de la vie future, l'appel aux sens, le renoncement au christianisme. «Il faut jouir, faisait chanter leur premier poëte Laurent de Médicis dans ses pastorales et dans ses triomphes. Il n'y a point de certitude pour demain.» Déjà dans Pulci éclate l'incrédulité moqueuse, la gaieté sensuelle et hardie, toute l'audace des libres penseurs qui repoussent du pied avec dégoût le froc usé du moyen âge. C'est lui qui, dans un poëme bouffon, met en tête de chaque chant un Hosanna, un In principio, un texte sacré de la messe[263]. C'est lui qui, se demandant ce qu'est l'âme et comment elle peut entrer dans le corps, la compare à ces confitures que l'on enveloppe dans du pain blanc tout chaud. Que devient-elle dans l'autre monde? «Certaines gens croient y trouver des becfigues, des ortolans tout plumés, d'excellents vins, de bons lits, et à cause de cela, ils suivent les moines, marchent derrière eux. Pour nous, mon cher ami, nous irons dans la vallée noire, où nous n'entendrons plus chanter Alleluia!» Si vous cherchez un penseur plus sérieux, écoutez le grand patriote, le Thucydide du siècle, Machiavel, qui, opposant le christianisme et le paganisme, dit que l'un place le «bonheur suprême dans l'humilité, l'abjection, le mépris des choses humaines, tandis que l'autre fait consister le souverain bien dans la grandeur d'âme, la force du corps et toutes les qualités qui rendent l'homme redoutable.» Sur cela il conclut hardiment que le christianisme enseigne à «supporter les maux, et non à faire de grandes actions;» il découvre dans ce vice intérieur la cause de toutes les oppressions; il déclare que «les méchants ont vu qu'ils pouvaient tyranniser sans crainte des hommes, qui, pour aller en paradis, étaient plus disposés à supporter les injures qu'à les venger.» À ce ton, et en dépit des génuflexions obligées, on devine bien laquelle des deux religions il préfère. Le modèle idéal vers lequel tous les efforts se tournent, auquel toutes les pensées se suspendent, et qui soulève cette civilisation tout entière, c'est l'homme fort et heureux, muni de toutes les puissances qui peuvent accomplir ses désirs, et disposé à s'en servir pour la recherche de son bonheur.

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