← Table of contents
Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Note 208 — LIVRE I. LES ORIGINES.

Reading edition

La femme lui dit que son enfant est mort il y a quinze jours. À l'instant il fabrique un miracle; peut-on mieux gagner son argent? Il a eu révélation de cette mort au dortoir du couvent; il a vu l'enfant emporté au paradis; soudain il s'est levé avec tous les frères, «mainte larme coulant sur leurs joues,» et ils ont fait de grandes oraisons pour remercier Dieu de cette faveur. «Car, sire et dame, fiez-vous à moi, nos oraisons sont plus efficaces et nous voyons plus dans les secrets du Christ que les gens laïques, fussent-ils rois. C'est que nous vivons dans l'abstinence et la pauvreté, et les laïques dans la richesse et la dépense. Lazare et le riche vivaient différemment; et aussi ils eurent des récompenses différentes.»—Là-dessus il lâche tout un sermon en style nauséabond avec des intentions visibles. Le malade excédé répond qu'il a donné déjà la moitié de son bien à toutes sortes de moines, et que pourtant il souffre toujours. Écoutez le cri douloureux, l'indignation vraie du moine mendiant qui se voit menacé par la concurrence d'un confrère, dans son client, dans son revenu, dans sa chose, dans son pot-au-feu[208]: «Ô Thomas, fais-tu bien ainsi? Quel besoin a celui que traite un parfait médecin d'aller chercher d'autres médecins par la ville? Votre inconstance est votre confusion. Croyez-vous que moi et tout notre couvent nous ne suffisions pas à prier pour vous? Thomas, ce tour-là est pendable; ta maladie vient de ce que nous avons trop peu.» Reconnaissez ici le véritable orateur: il monte jusqu'aux grands effets de style pour faire bouillir sa marmite. «Qu'on donne à ce couvent un quart d'avoine, à cet autre vingt-quatre sous, à ce moine un penny, et qu'il s'en aille: voilà ce que vous dites, mécréants que vous êtes. Non, non, Thomas, cela ne se doit pas passer ainsi. Qu'est-ce qu'un liard divisé en douze? Voyez, chaque chose, lorsqu'elle reste entière, est plus forte que si elle est éparpillée. Thomas, tu voudrais avoir notre travail tout pour rien.»—Puis il recommence son sermon d'un ton véhément, criant plus haut à chaque parole, avec exemples tirés de Sénèque et des anciens. Terrible faconde, machine de métier, qui, appliquée avec constance, doit extraire l'argent du patient.» Donnez pour le pavé de notre cloître, pour les fondations, pour la maçonnerie. Secours-nous, Thomas, au nom de celui qui a vaincu l'enfer, car autrement nous devrons vendre nos livres. Et si vous êtes privés de nos instructions, voilà que ce monde s'en va tout entier à sa perte. Car celui qui priverait ce monde de nous, Dieu me sauve! Thomas, avec votre permission, il priverait le monde du soleil.» À la fin, Thomas, furieux, lui promet un don, lui dit de mettre sa main dans le lit pour le prendre, et le renvoie dupé, honni et sali.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings