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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Note 153 — LIVRE I. LES ORIGINES.

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C'est cette fière et persistante pensée qui produit et conduit tout le livre de Fortescue. «Il y a deux sortes de royautés, dit-il, desquelles l'une est le gouvernement royal et absolu, l'autre est le gouvernement royal et constitutionnel[153].» Le premier est établi en France, le second en Angleterre. «Et ils diffèrent en cela que le premier peut gouverner ses peuples par des lois qu'il fera lui-même, et ainsi mettre sur eux des tailles et autres impositions, telles qu'il voudra, sans leur consentement. Le second ne peut pas gouverner ses peuples par d'autres lois que par celles qu'ils ont consenties; et ainsi ne peut mettre sur eux des impositions sans leur consentement[154].» Dans un État comme celui-ci, c'est la volonté du peuple qui est «la première chose vivante, et qui envoie le sang dans la tête et dans tous les membres du corps politique.... Et de même que la tête du corps physique ne peut changer ses nerfs, ni refuser à ses membres les forces et le sang qui doit les alimenter, de même le roi qui est la tête du corps politique ne peut changer les lois de ce corps, ni enlever à son peuple sa substance lorsque celui-ci réclame et refuse.... Un roi de cette sorte n'a été élevé à sa dignité que pour protéger les sujets de la loi, leurs corps et leurs biens, et le peuple ne lui a délégué de pouvoir que pour cet objet; il ne lui est pas permis d'en exercer un autre[155].» Voici donc, dès le quinzième siècle, toutes les idées de Locke; tant la pratique est puissante à suggérer la théorie! tant la jouissance de la liberté fait vite découvrir aux hommes la nature de la liberté! Fortescue va plus loin: il oppose, pied à pied, la loi romaine, héritage des peuples latins, à la loi anglaise, héritage des peuples teutoniques: l'une, œuvre de princes absolus, et toute portée à sacrifier l'individu; l'autre, œuvre de la volonté commune, et toute portée à protéger la personne. Il oppose les maximes des juris-consultes impériaux qui accordent «force de loi à tout ce qu'a décidé le prince,» aux statuts d'Angleterre «qui, bien loin d'être établis par la volonté du prince, sont décrétés du consentement de tout le royaume, par la sagesse de plus de trois cents hommes élus, en sorte qu'ils ne peuvent nuire au peuple ni manquer de lui être avantageux.» Il oppose la nomination arbitraire des fonctionnaires impériaux à l'élection du shérif qui, chaque année, pour chaque comté, est choisi par le roi entre trois chevaliers ou écuyers du comté désignés par le Conseil des Lords spirituels et temporels, des justices, des barons de l'Échiquier et d'autres grands officiers. Il oppose la procédure romaine, qui se contente de deux témoignages pour condamner un homme, au jury, aux trois récusations permises, aux admirables garanties d'équité dont l'honnêteté, le nombre, la réputation et la condition des jurés entourent la sentence. Ainsi protégées, les communes d'Angleterre ne peuvent manquer d'être florissantes. Considérez, au contraire, dit-il au jeune prince qu'il instruit, l'état des communes en France. Par les tailles, la gabelle, les impôts sur le vin, les logements des gens de guerre, elles sont réduites à l'extrême misère. «Vous les avez vues en voyageant.... Elles sont si appauvries et détruites, qu'elles ne peuvent presque pas vivre: ils boivent de l'eau, ils mangent des pommes avec du pain bien brun fait de seigle. Ils ne mangent pas de viande, si ce n'est rarement un peu de lard, ou quelque chose des entrailles et de la tête des bêtes tuées pour les nobles et les marchands.... Les gens d'armes leur mangent leurs volailles, tellement qu'il leur reste à peine les œufs, qui sont pour eux un très-grand régal. Ils ne portent point de laine, hormis un pauvre gilet sous leur vêtement de dessus, qui est fait de grosse toile et qu'ils appellent une blouse. Leurs culottes sont de toile pareille, et ne passent pas le genou, en sorte que le reste de la jambe est nu. Leurs femmes et leurs enfants vont pieds nus.... Car plusieurs d'entre eux qui avaient coutume de payer chaque année à leur seigneur un écu pour leur terre, payent maintenant au roi, par-dessus cet écu, cinq écus. C'est pourquoi ils sont contraints par nécessité de tellement veiller, travailler, fouiller le sol pour vivre, que leur corps est tout appauvri et leur espèce réduite à néant. Ils vont courbés et sont faibles, et ne sont pas capables de combattre et de défendre le royaume; ils n'ont point d'armes non plus, ni d'argent pour en acheter[156].»

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