Note 148 — LIVRE I. LES ORIGINES.
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Ainsi pensait sir John Fortescue, chancelier d'Angleterre sous Henri VI, exilé en France pendant la guerre des Deux Roses, un des plus anciens prosateurs, et le premier qui ait jugé et expliqué la constitution de son pays[148]. «C'est la lâcheté, dit-il, et le manque de cœur et de courage qui empêche les Français de se soulever, et non la pauvreté[149]. Aucun Français n'a ce courage comme un Anglais. On a souvent vu en Angleterre trois ou quatre bandits, par pauvreté, se jeter sur sept ou huit hommes honnêtes, et les voler tous; mais on n'a point vu en France sept ou huit bandits assez hardis pour voler trois ou quatre hommes honnêtes. C'est pourquoi il est tout à fait rare que des Français soient pendus pour vol à main armée, car ils n'ont point le cœur de faire une action si terrible. Aussi y a-t-il plus d'hommes pendus en Angleterre en un an pour vol à main armée et pour meurtre, qu'il y en a de pendus en France pour la même espèce de crime en sept ans.... Si l'Anglais est pauvre et voit un autre homme ayant des richesses qu'on puisse lui prendre par force, il ne manquera pas de le faire, à moins qu'il ne soit lui-même tout à fait honnête[150].» Ceci jette un jour subit et terrible sur l'état violent de cette société armée où les coups de main sont journaliers, et où chacun riche ou pauvre, vit la main sur la garde de son épée. Il y a sous Édouard Ier de grandes bandes de malfaiteurs qui courent le pays et combattent quand on veut les prendre; il faut que les habitants de la ville s'attroupent, et aussi ceux des villes voisines, «avec des cris et des huées,» pour les poursuivre et les saisir. Il y a sous Édouard III des barons qui chevauchent avec de grandes escortes d'hommes d'armes et d'archers, «occupant les manoirs, enlevant les dames et les demoiselles, mutilant, tuant, rançonnant les gens jusque dans leurs maisons, comme si c'était en pays ennemi, et quelquefois venant devant les juges aux sessions, en telle façon, et en si grande force que les juges sont effrayés et n'osent faire justice[151].» Lisez les lettres de la famille Paston, sous Henri VI et Édouard IV, et vous verrez comment la guerre privée est à chaque porte, comme il faut se munir d'hommes et d'armes, être debout pour défendre son bien, compter sur soi, sur sa vigueur et son courage. C'est cet excès de vigueur et cette promptitude aux coups qui, après leurs victoires en France, les a poussés l'un contre l'autre en Angleterre, dans les boucheries des Deux Roses. Les étrangers qui les voient sont étonnés de leur force de corps et de cœur, «des grandes pièces de bœuf» qui alimentent leurs muscles, de leurs habitudes militaires, de leur farouche obstination «de bêtes sauvages[152].» Ils ressemblent à leurs bouledogues, race indomptable, qui, dans la folie de leur courage, «vont les yeux fermés se jeter dans la gueule d'un ours de Russie, et se font écraser la tête comme une pomme pourrie.» Cet étrange état d'une société militante, si plein de dangers et qui exige tant d'efforts, ne les effraye pas. Le roi Édouard, ayant ordonné de mettre les perturbateurs en prison sans procédure, et ne point les relâcher sous caution ni autrement, les communes déclarent l'ordonnance «horriblement vexatoire,» réclament, refusent d'être trop protégées. Moins de paix, mais plus d'indépendance. Ils maintiennent les garanties du sujet aux dépens de la sécurité du public et préfèrent la liberté turbulente à l'ordre arbitraire: mieux vaut souffrir des maraudeurs qu'on peut combattre que des prévôts sous lesquels il faudrait plier.