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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Note 116 — LIVRE I. LES ORIGINES.

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Elle en témoigne aussi par d'autres traits plus agréables. Il y a çà et là des escapades plus ou moins gauches vers le domaine de l'esprit; par exemple, une ballade pourvue de calembours contre Richard, roi des Romains, qui fut pris à la bataille de Lewes. Ailleurs la grâce ne manque pas, la douceur non plus. Personne n'a parlé si vite et si bien aux dames que les Français du continent, et ils n'ont point tout à fait oublié ce talent en s'établissant en Angleterre. On s'en aperçoit vite à la façon dont ils célèbrent la Madone; rien de plus différent du sentiment saxon, tout biblique, que l'adoration chevaleresque de la Dame souveraine, de la Vierge charmante et sainte qui fut le véritable dieu du moyen âge. Elle respire dans cet hymne aimable[116]: «Bénie sois-tu, Dame,—pleine de délices célestes,—suave fleur du paradis,—mère de douceur.—Bénie sois-tu, Dame,—si brillante et si belle;—tout mon espoir est en toi—le jour et la nuit[117].» Il n'y a qu'un pas, un pas bien petit et bien facile à faire, entre ce culte tendre de la Vierge et les sentiments des cours d'amour; les rimeurs anglais le font, et quand ils veulent louer les dames terrestres, ils prennent, ici comme tout à l'heure, nos idées et même nos formes de vers. L'un compare sa maîtresse à toutes sortes de pierres précieuses et de fleurs. D'autres chantent de vraies chansons amoureuses, parfois sensuelles: «Entre mars et avril[118]—quand les branches commencent à bourgeonner—et que les petits oiseaux ont envie—de chanter leurs chansons,—je vis dans l'attente d'amour—pour la plus gracieuse de toutes les choses.—Elle peut m'apporter des délices;—je suis à son commandement.—Un heureux lot que j'ai eu là!—Je crois qu'il m'est venu du ciel.—Mon amour a quitté toutes les autres femmes—et s'est posé sur Alison.»—«Avec ton amour, dit un autre, ma douce bien-aimée, tu ferais mon bonheur,—un doux baiser de ta bouche serait ma guérison[119].» N'est-ce point là la vive et chaude imagination du Midi? Ils parlent du printemps et de l'amour, «du temps beau et joli» comme des trouvères, même comme des troubadours. La sale chaumière enfumée, le noir château féodal, où tous, sauf le maître, couchent pêle-mêle sur la paille dans la grande salle de pierre, la pluie froide, la terre fangeuse rendent délicieux le retour du soleil et de l'air tiède. «L'été est venu.—Chante haut, coucou!—L'herbe croît, la prairie est en fleurs—et le bois pousse.—Chante, coucou.—la brebis bêle après l'agneau,—la vache mugit après le veau.—Le taureau tressaille,—le chevreuil va s'abriter (dans la fougère).—Chante joyeusement, coucou,—coucou, coucou!—Tu chantes bien, coucou.—Ne cesse pas maintenant de chanter[120].» Voilà des peintures riantes, comme en fait en ce moment Guillaume de Lorris, même plus riches et plus vivantes, peut-être parce que le poëte a trouvé ici pour soutien le sentiment de la campagne qui, en ce pays, est profond et national. D'autres, plus imitateurs, essayent des gaietés comme celles de Rutebeuf et des fabliaux, des malices naïves[121] et même des polissonneries satiriques. Bien entendu, il s'agit ici de dauber sur les moines. En tout pays français ou qui imite la France, le plus visible emploi des couvents est de fournir matière aux contes égrillards et salés. Il s'agit de la vie qu'on mène à l'abbaye de Cocagne, «belle abbaye pleine de moines blancs et gris.» «Les murs sont tout en pâtés—de chair, de poissons,—de riches viandes—les plus agréables qu'homme puisse manger;—les tuiles sont des gâteaux de fleur de farine,—les créneaux sont des pouddings gras.—Quoique le paradis soit gai et gracieux,—Cocagne est un plus beau pays[122].» C'est ici le triomphe de la gueule et de la mangeaille. Ajoutez qu'un couvent de «jeunes nonnes» est auprès, que lorsque les jours d'été sont chauds, elles prennent une barque et descendent la rivière «pour apprendre une oraison,» qu'on pouvait détailler au moyen âge, mais sur laquelle il faut glisser vite aujourd'hui.

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