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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Note 109 — LIVRE I. LES ORIGINES.

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Voyons donc ce que notre baron normand va se faire traduire: d'abord les chroniques[109] de Geoffroy Gaimar, de Robert Wace, qui sont l'histoire fabuleuse d'Angleterre continuée jusqu'au temps présent, plate rapsodie rimée, rendue en anglais par une rapsodie non moins plate. Le premier Anglais qui s'y essaye est un prêtre d'Ernely, Layamon[110], encore empêtré dans le vieil idiome, qui tantôt parvient à rimer, tantôt n'y réussit pas, tout barbare et enfant, incapable de développer une idée suivie, et qui balbutie de petites phrases heurtées ou inachevées, à la façon des anciens Saxons; après lui un moine, Robert de Gloucester[111], et un chanoine, Robert de Brunne[112], tous deux aussi insipides et aussi clairs que leurs modèles français; en cela ils se sont francisés et ont pris le trait marquant de la race, c'est-à-dire l'habitude et le talent de raconter aisément, de voir les objets émouvants sans émotion profonde, d'écrire de la poésie prosaïque, de discourir et développer, de croire que des phrases terminées par des sons semblables sont de vrais vers. Nos honnêtes versificateurs anglais d'outre-Manche, comme leurs précepteurs de Normandie et de l'Île-de-France, garnissent de rimes des dissertations et des histoires qu'ils appellent poëmes. À cette époque, en effet, sur le continent, toute l'encyclopédie des écoles descend ainsi dans la rue, et Jean de Meung, dans son poëme de la Rose, est le plus ennuyeux des docteurs. Pareillement ici Robert de Brunne traduit en vers le Manuel des péchés de l'évêque Grosthead; Adam Davie[113] versifie des histoires tirées de l'Écriture; Hampole[114] compose l'Aiguillon de conscience. Les titres seuls font bâiller; que sera-ce du texte! «Nous sommes faits pour obéir à la volonté de Dieu—et pour accomplir ses saints commandements.—Car de tous ses ouvrages grands ou petits,—l'homme est la principale créature.—Tout ce qu'il a fait a été fait pour l'homme, comme vous le verrez prochainement[115].» C'est là un poëme, vous ne vous en doutiez guère; appelez-le sermon, c'est son vrai nom; il continue, bien divisé, bien allongé, limpide, et vide; la littérature qui l'entoure et lui ressemble témoigne de son origine par son bavardage et sa netteté.

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