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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Note 92 — LIVRE I. LES ORIGINES.

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Voilà la démarche primitive; comment se continue-t-elle dans la suivante? Ici apparaît un trait nouveau de l'esprit français, le plus précieux de tous. Il faut, pour qu'il comprenne, que la seconde idée soit contiguë à la première, sinon il est dérouté et s'arrête; il ne sait pas bondir irrégulièrement; il ne va que pas à pas, par un chemin droit; l'ordre lui est inné; sans étude et de prime abord, il désarticule et décompose l'objet ou l'événement tout compliqué, tout embrouillé, quel qu'il soit, et pose une à une les pièces à la suite des autres, en file, suivant leurs liaisons naturelles. Il a beau être barbare encore, son intelligence est une raison qui se déploie en s'ignorant. Rien de plus clair que le style de ses vieux contes et de ses premiers poëmes; ou ne s'aperçoit pas qu'on suit le conteur, tant sa démarche est aisée, tant le chemin qu'il ouvre est uni, tant il se laisse glisser doucement et insensiblement d'une idée dans l'idée voisine; c'est pour cela qu'il conte si bien. Les chroniqueurs, Villehardouin, Joinville, Froissart, inventeurs de la prose, ont une aisance et une clarté dont nul n'approche et, par-dessus tout, un agrément, une grâce qu'ils ne cherchent point. La grâce est ici chose nationale, et vient de cette délicatesse native qui a horreur des disparates: point de chocs violents, leur instinct y répugne; ils les évitent dans les œuvres de goût comme dans les œuvres de raisonnement; ils veulent que les sentiments comme les idées se lient et ne se choquent pas. Ils portent[92] partout cet esprit mesuré, fin par excellence. Ils se gardent bien, en un sujet triste, de pousser l'émotion jusqu'au bout; ils évitent les grands mots. Souvenez-vous comme Joinville conte, en six lignes, la fin de son pauvre prêtre malade qui voulut achever de célébrer sa messe, et «oncques puis ne chanta et mourut.» Ouvrez un mystère, celui de Théophile, celui de la reine de Hongrie: quand on veut la brûler avec son enfant, elle dit deux petits vers sur «cette douce rosée qui est un si pur innocent;» rien de plus. Prenez un fabliau, même dramatique; lorsque le chevalier pénitent, qui s'est imposé de remplir un baril de ses larmes, meurt auprès de l'ermite, il ne lui demande qu'un don suprême:

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