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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Note 72 — LIVRE I. LES ORIGINES.

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Par delà cette barrière, qui séparait invinciblement la civilisation de la barbarie, il y en avait une autre non moins forte qui séparait le génie saxon du génie latin. La puissante imagination germanique, où les visions éclatantes et obscures affluent subitement et débordent par saccades, faisait contraste avec l'esprit raisonneur dont les idées ne se rangent et ne se développent qu'en files régulières, en sorte que si le barbare, dans ses essais classiques, gardait quelque portion de ses instincts primitifs, il ne parvenait qu'à produire une sorte de monstre grotesque et affreux. Un d'entre eux, cet Adlhem, parent du roi Ina, qui sur le pont de la ville chantait à la fois des ballades profanes et des hymnes sacrées, trop imbu de la poésie nationale pour imiter simplement les modèles antiques, décora les vers latins et la prose latine de toute «la pompe anglaise[72].» Vous diriez d'un barbare qui arrache une flûte aux mains exercées d'un artiste du palais d'Auguste, pour y souffler à pleine poitrine comme dans une trompe mugissante d'auroch. La langue sobre des orateurs et des administrateurs romains se charge, sous sa main, d'images excessives et incohérentes. Il accouple violemment les mots par des alliances imprévues et extravagantes; il entasse les couleurs; il atteint le galimatias extraordinaire et inintelligible des derniers scaldes. En effet, c'est un scalde qui latinise, et transporte dans son nouveau langage les ornements de la poésie scandinave, entre autres la répétition de la même lettre, tellement que, dans une de ses épîtres, il y a quinze mots de suite qui commencent de même, et que, pour compléter ce nombre de quinze, il met un barbarisme grec parmi les mots latins[73]. Maintes fois chez les autres, chez les légendaires, on retrouvera cette déformation du latin violenté par l'afflux de l'imagination trop forte. Celle-ci éclate jusque dans leur pédagogie et leur science. Alcuin, dans les dialogues qu'il compose pour le fils de Charlemagne, emploie en manière de formules les petites phrases poétiques et hardies qui pullulent dans la poésie nationale. «Qu'est-ce que l'hiver? L'exil de l'été.—Qu'est-ce que le printemps? Le peintre de la terre.—Qu'est-ce que l'année? Le quadrige du monde.—Qu'est-ce que le soleil? La splendeur de l'univers, la beauté du firmament, la grâce de la nature, la gloire du jour, le distributeur des heures.—Qu'est ce que la mer? Le chemin des audacieux, la frontière de la terre, l'hôtellerie des fleuves, la source des pluies.» Bien plus, il achève ses instructions par des énigmes dans le goût des scaldes, comme on en trouve encore dans les vieux manuscrits avec les chants barbares. Dernier trait du génie national, qui, lorsqu'il travaille à comprendre les choses, laisse de côté la déduction sèche, nette, suivie, pour employer l'image bizarre, lointaine, multipliée, et remplace l'analyse par l'intuition.

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