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Histoire de France 1724-1759 (Volume 18/19)

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Paris agissait sur Versailles, l'Équateur sur la Sibérie. Le Roi, qui avait vingt-deux ans, resterait-il tout seul hors de ce courant général? On aurait pu le croire. Ses tristes habitudes d'enfance semblaient l'avoir séché, l'avoir rendu impropre à jamais à l'amour. Son plaisir, dès qu'il fut un peu grand, n'était pas d'un cœur gai, d'une bonne nature; c'était de faire le maître et de tenir école, d'user avec ses écoliers de sévérités libertines (Maurepas). Marié, presque malgré lui, comme on a vu, il fut six mois sans voir qu'il avait une femme. Elle avait vingt-deux ans, lui quinze. Elle n'était pas belle, mais très-charmante. Il ne faut pas la voir au triste portrait de Versailles, mise en vieille, dans ce grand fauteuil, mais à cheval, où elle était très-bien[27]. Elle était tout à fait son père et si aimée de lui que sa mère en était jalouse. Elle avait l'air un peu garçon (Hénault), d'un enfant bon et doux, et de petit esprit. Mais jamais cœur de fille ne vint au mariage plus amoureux, plus tendre. Le roi de France avait été son rêve; on lui avait prédit qu'elle l'aurait. Il fut le ciel pour elle. Stanislas avait vu en ce bonheur étrange un miracle de Dieu. Passage étonnant, en effet, de la mendicité au trône. Elle arriva, on peut dire, nue, sans chemise (on lui en donna), attendrissante de pauvreté, d'humilité, mais de timidité extrême. Cette grande fille, innocente et tremblante, près de cet enfant vicieux, ne fut longtemps pour lui qu'un autre camarade, moins rieur, plus soumis[28]. Le but du mariage était manqué. On s'en prit à la reine. Elle était si faible pour lui, que, quand il fut malade, on crut qu'elle mourrait elle-même.

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