Note 20 — TABLE DES MATIÈRES
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Note 20: Elle devait saisir terriblement les cœurs, les transformer, changer les bêtes en hommes, pour avoir fait faire un tel portrait au faible et médiocre Coypel. C'est la belle gravure où il la représente dans le rôle de Cornélie, en pleurs et l'urne dans les mains. Un artiste inspiré, s'il en fut, notre premier sculpteur, Préault, m'a affirmé qu'il ne savait pas un mot de l'histoire de mademoiselle Lecouvreur quand il vit cette gravure. Il en fut très-troublé, épris, s'en empara avidement. C'est plus qu'une œuvre d'art. C'est comme un rêve de douleur, une de ces rencontres qu'on regrette avec une personne unique qui ne reviendra plus, dont on est séparé par la malignité du temps.—On sent dans celle-ci une chose fort rare, qu'en elle beauté vient de bonté.—Cette bonté est adorable dans la lettre qu'elle écrit à madame Fériol, mère de d'Argental, qui craignait extrêmement que son fils, éperdument épris, n'épousât, et qui voulant plutôt le perdre, l'envoya mourir aux colonies. Mademoiselle Lecouvreur lui parle avec un tendre respect, une effusion charmante (qu'elle ne méritait nullement). La pauvre comédienne, trop humblement, fait bien bon marché d'elle. Elle fera absolument tout pour calmer cet amour d'un enfant, l'empêcher d'aller jusqu'au mariage. Elle aimait trop Maurice, et d'Argental ne fut guère qu'un ami, mais assidu, très-tendre. De l'avoir approchée, il resta l'homme bon, aimable, charmant, celui que Voltaire appelle «son ange.» Elle le fit son légataire universel, afin que le peu qu'elle avait passât à ses deux filles plutôt qu'à des parents. D'Argental, en très-galant homme, exécuta exactement sa volonté, et calma les parents en leur donnant du sien une somme de vingt mille francs. Voy. la bonne notice que Lemontey (Œuvres, III, 331) a faite d'après les contemporains, Aïssé, Annillon, Allainval et les précieux papiers de d'Argental.[Retour au texte principal.]